Ancien policier condamné à 10 ans de prison pour homicide à Poissy, la légitime défense rejetée
Policier condamné à 10 ans pour homicide, légitime défense rejetée

Un verdict sévère pour un ancien policier de la BAC

L'ancien policier de la brigade anticriminalité (BAC) Gilles Guilbert a été condamné, vendredi, à dix ans de prison ferme par la cour d'assises de Versailles. Il est reconnu coupable d'avoir tué Olivio Gomes, un jeune homme de 28 ans, au volant de sa voiture dans la nuit du 16 au 17 décembre 2020 à Poissy, dans les Yvelines. Le verdict, prononcé après plus de six heures de délibération, a catégoriquement rejeté le motif de légitime défense invoqué par l'accusé.

La légitime défense écartée par les faits objectifs

Le président de la cour a précisé lors de la lecture du jugement que, bien que Gilles Guilbert ait toujours affirmé avoir agi parce qu'il se « voyait mourir », les conditions légales de la légitime défense n'étaient pas réunies. Cette appréciation s'est fondée sur une analyse rigoureuse des faits objectifs, notamment les enregistrements de vidéosurveillance qui ont joué un rôle crucial dans l'affaire.

En plus de la peine d'emprisonnement, l'ancien policier a écopé de sanctions complémentaires sévères : une interdiction définitive d'exercer toute fonction publique et d'être élu pendant une durée de dix ans. Par ailleurs, la cour a décidé de lui interdire le port d'une arme pendant quinze ans, une mesure significative pour ce tireur sportif assidu. À l'issue de l'audience, son avocat, Me Laurent-Franck Liénard, a immédiatement annoncé que son client ferait appel de cette décision.

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Une filature controversée et des versions contradictoires

La nuit des faits, Gilles Guilbert et deux de ses collègues de la BAC ont pris en filature la Clio d'Olivio Gomes sur le périphérique parisien puis sur l'autoroute A13. Pendant environ vingt kilomètres, ils ont suivi discrètement le véhicule à bord d'une Passat noire sérigraphiée « police », sans activer ni gyrophare ni sirène, après avoir été doublés par la Clio.

Le motif de cette filature a été longuement débattu au cours du procès. Les policiers affirmaient qu'Olivio Gomes conduisait « à vive allure » et effectuait des « embardées », mais cette version a été contredite par l'exploitation des images de vidéosurveillance. Les enregistrements ont invalidé ces allégations, jetant le doute sur la crédibilité des déclarations des agents.

Le déroulement fatal des événements

Selon les policiers, après un quart d'heure de filature, ils ont fait signe à Olivio Gomes de quitter l'autoroute, ce qu'il n'a pas consenti à faire immédiatement. Il a emprunté la sortie suivante et poursuivi sa route jusqu'à son domicile. Au pied de sa résidence, Olivio Gomes s'est arrêté. C'est à ce moment que Gilles Guilbert est sorti du véhicule sérigraphié et a pointé son arme en direction du jeune homme.

La Clio a alors redémarré, et trois coups de feu ont retenti. Le deuxième coup, mortel, a perforé les deux poumons et l'aorte thoracique d'Olivio Gomes, provoquant son décès sur place.

Les arguments de la défense et de l'accusation

Gilles Guilbert a maintenu tout au long du procès qu'il avait agi en état de légitime défense, affirmant que l'automobiliste aurait tenté de l'écraser avec son véhicule. « J'étais sûr d'y passer », a-t-il répété mercredi à la barre. Cependant, l'avocat général a présenté une version différente des faits, soutenant qu'Olivio Gomes « s'est servi de son véhicule non pas pour tuer mais pour partir. Il voulait échapper à la police ».

Le représentant de l'accusation a également mis en lumière les incohérences dans les déclarations des policiers. Il a énuméré une série de mensonges présumés au cours de la procédure, incluant des fausses déclarations sur l'excès de vitesse, les embardées, l'usage des clignotants, la densité de la circulation, et même une concertation frauduleuse après les coups de feu. « Je n'ai aucune raison de croire la version des policiers car ils ont tellement menti pour fabriquer des preuves », a-t-il affirmé.

Ce verdict marque un tournant dans cette affaire complexe, mettant en évidence les tensions entre les récits des forces de l'ordre et les preuves matérielles, tout en soulevant des questions sur les pratiques policières et la transparence judiciaire.

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