Polluants éternels dans l'eau du Grand Est : la justice s'empare du dossier
Une procédure judiciaire d'envergure est désormais officiellement engagée pour élucider la présence inquiétante de PFAS, ces substances surnommées « polluants éternels », dans les réseaux d'eau potable de plusieurs communes de la région Grand Est. Ce mardi, les parquets de Nancy et d'Épinal ont confirmé l'ouverture ou l'imminence d'enquêtes pénales visant à identifier les responsables de cette contamination et à évaluer ses conséquences sanitaires et environnementales, potentiellement graves.
Des plaintes déposées pour mise en danger et pollution des eaux
Dans le département des Vosges, un collectif de citoyens a déposé une plainte lundi concernant spécifiquement la contamination des eaux potables des communes de Champdray, Arrentès-de-Corcieux et Tendon. Ce groupe estime que des faits constitutifs de pollutions des eaux, de gestion irrégulière des déchets et, surtout, de mise en danger de la vie d'autrui sont avérés. Les plaignants exigent que des investigations approfondies soient menées pour :
- Identifier précisément les responsables de cette pollution.
- Déterminer les responsabilités des différents acteurs, notamment les producteurs de déchets, les exploitants industriels et les bénéficiaires des épandages.
- Évaluer l'ampleur réelle des atteintes à la santé publique et à l'environnement.
Le procureur de la République d'Épinal, Frédéric Nahon, a confirmé avoir reçu cette plainte et a annoncé qu'une enquête serait ouverte par le parquet pour les chefs de pollution et de mise en danger. Parallèlement, une autre enquête avait déjà été ouverte en janvier par le parquet de Nancy, compétent au titre du pôle régional environnement, suite à une transmission de la préfecture de la Meuse.
Neuf infractions recherchées par les enquêteurs spécialisés
Les investigations sont menées de manière coordonnée par des unités spécialisées : l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (OCLAESP) et l'Office français de la biodiversité de la Meuse. Les enquêteurs recherchent activement pas moins de neuf infractions distinctes, dont :
- Le « jet, déversement ou écoulement d'une substance » nuisible dans l'eau.
- Le « déversement par violation manifestement délibérée d'une obligation de prudence ou de sécurité » ayant entraîné des perturbations graves de l'alimentation en eau potable.
- Des faits liés à la « mise en danger d'autrui », un chef d'accusation particulièrement sérieux.
Des concentrations alarmantes et une interdiction de consommation
La situation sur le terrain est critique. Au total, 18 communes situées dans les Ardennes, la Meuse et les Vosges sont concernées par une interdiction formelle de consommation de l'eau du robinet. Les analyses réalisées ont révélé des résultats alarmants : la concentration de 20 types de PFAS différents dépasse systématiquement les seuils autorisés par la réglementation. À Villy, dans les Ardennes, le niveau mesuré atteint un pic jusqu'à 27 fois supérieur à la limite réglementaire, illustrant l'ampleur de la contamination.
Un contentieux national qui s'étend
Ce dossier dans le Grand Est s'inscrit dans un contexte national plus large de contentieux judiciaires liés aux PFAS. Près de Lyon, dans la « vallée de la chimie », environ 200 riverains ont également déposé plainte contre deux industriels, qu'ils accusent d'émissions responsables de ces substances. Ils réclament plus de 36 millions d'euros en réparation des préjudices subis. Ces affaires démontrent une prise de conscience judiciaire et citoyenne croissante face aux risques posés par ces polluants persistants, tandis que les autorités poursuivent et intensifient leurs investigations dans plusieurs régions de France.



