Procès de la mort d'Elisa Pilarski : le chien Curtis, pièce à conviction vivante, au cœur des débats
Mort d'Elisa Pilarski : le chien Curtis au centre du procès

Le procès de la mort d'Elisa Pilarski s'ouvre avec le chien Curtis comme pièce centrale

Plus de six ans après les faits, le procès de Christophe Ellul, renvoyé pour homicide involontaire, débute ce mardi devant le tribunal correctionnel de Soissons. Au cœur de cette affaire tragique : le chien Curtis, suspecté d'être à l'origine de la mort d'Elisa Pilarski, une jeune femme de 29 ans enceinte de six mois.

Une attaque mortelle dans la forêt de Retz

Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski promenait Curtis, l'animal de compagnie de son conjoint, dans la forêt de Retz dans l'Aisne. Visiblement attaquée par un ou plusieurs animaux, elle succombe à ses blessures quelques minutes plus tard. Depuis lors, Curtis, âgé de 2 ans à l'époque, est maintenu en réclusion dans un chenil de Haute-Garonne.

Alexandre Novion, avocat de Christophe Ellul et également partie civile, dénonce cette situation exceptionnelle où l'animal est considéré comme un "scellé vivant". "Généralement, les pièces à conviction sont apportées en salle d'audience", rappelle-t-il, tout en précisant qu'il n'a pas eu d'information formelle concernant la présence effective du chien au procès.

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Divergences sur la présence de l'animal au tribunal

Sofia Salmeron, avocate de l'association Les Amis de Sam, partie civile dans le dossier, exprime des doutes quant à la présence de Curtis à l'audience. "Ça m'étonnerait qu'un magistrat ou le procureur veuille la présence de Curtis à l'audience. Pour en faire quoi ? Le mettre dans une cage toute la journée ?", s'interroge-t-elle. Contacté, le tribunal n'a pas répondu aux sollicitations des médias.

Christophe Ellul maintient fermement que Curtis n'est pas responsable de la mort de sa compagne. Selon sa version des faits, une meute de chiens de chasse présente dans le secteur à ce moment-là serait à l'origine de l'attaque. Cependant, certains éléments viennent contredire cette affirmation.

Éléments troublants et expertises contradictoires

Un message envoyé par Christophe Ellul à sa compagne après qu'elle l'a prévenue de l'attaque suscite des interrogations : "Je le fais piquer". De plus, l'examen vétérinaire réalisé en décembre 2019 a révélé que Curtis avait manifesté un comportement "relativement agressif", ayant mordu son maître et une bénévole de la fourrière pendant les investigations.

Le rapport vétérinaire précise que le chien avait été entraîné aux sauts en hauteur, aux sauts en longueur et au mordant "à l'international, parce qu'en France c'est interdit", selon les déclarations de Christophe Ellul pendant l'enquête. L'expert conclut que l'animal "apparaît donc comme dangereux et imprévisible".

Maître Novion conteste vivement ce constat. Selon lui, la période stressante vécue par l'animal pendant les investigations ne permettait pas d'émettre un avis objectif sur sa dangerosité. Il souligne que Curtis vit désormais dans "des conditions différentes de celles dans lesquelles il a été élevé" et rappelle le jeune âge du chien au moment des faits.

Le sort de Curtis entre les mains de la justice

Sofia Salmeron, qui se présente également comme "l'avocate de Curtis", annonce qu'elle demandera une nouvelle expertise comportementale vétérinaire de l'animal. "Il n'a pas été examiné dans de bonnes conditions pendant l'enquête", estime-t-elle. Le destin du chien est intimement lié à celui de son maître : si le parquet requiert la condamnation de Christophe Ellul pour homicide involontaire, il pourrait également demander l'euthanasie de Curtis comme peine complémentaire.

Même en cas de relaxe, "le tribunal conserve une forme de liberté quant au sort du chien", explique Alexandre Novion. Trois scénarios se dessinent pour l'avenir de Curtis : si son comportement violent est confirmé, l'euthanasie reste la seule option envisageable. Dans le cas contraire, Sofia Salmeron plaide pour une "retraite paisible" dans un foyer adapté, comme ceux gérés par l'association Les Amis de Sam.

L'adoption par une nouvelle famille constitue la troisième possibilité. Alexandre Novion assure avoir été contacté à de nombreuses reprises par des particuliers sensibles à l'histoire de ce chien. Cependant, Sofia Salmeron s'y oppose fermement : "Jamais un tel chien peut être à nouveau adopté", affirme-t-elle avec conviction.

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Une certitude demeure : Curtis ne retrouvera jamais Christophe Ellul. "Même s'il le défend par intime conviction, vivre avec ce chien serait un poids de cristallisation de souvenirs beaucoup trop pénibles", conclut Alexandre Novion, soulignant la complexité émotionnelle et juridique de cette affaire qui captive l'attention publique depuis plus de six ans.