Mort de Jules à l'usine Paprec de Nîmes : sursis et amende maximale requis pour homicide involontaire
Mort de Jules à Paprec Nîmes : sursis et amende maximale requis

Mort de Jules à l'usine Paprec de Nîmes : sursis et amende maximale requis pour homicide involontaire

L'audience au tribunal judiciaire de Nîmes a été marquée par les témoignages déchirants de la famille de Jules Pertet, jeune homme de 21 ans mort le crâne déchiqueté dans une machine aspire-sacs de l'usine Valréna de Paprec le 26 juillet 2023. Les parents, la sœur et les proches du défunt étaient mobilisés dans la salle d'audience ce jeudi, tandis que le parquet a requis des peines sévères contre l'entreprise et ses responsables.

Des réquisitions sévères pour une tragédie évitable

La procureure a demandé 225 000 euros d'amende pour la société Paprec, soit la peine maximale encourue, ainsi que trois ans de prison avec sursis contre le directeur du site Gard, David Dumaine, et une amende de 1 000 euros contre l'employé Philippe qui a redémarré la machine. Ces réquisitions s'appuient sur un rapport accablant du bureau Veritas qui a relevé 71 non-conformités sur la machine en question, dont deux particulièrement déterminantes : l'absence de système de déverrouillage et de bouton d'arrêt d'urgence sur la plateforme.

L'inspectrice du travail du Gard a dénoncé avec force que Paprec a sciemment continué à utiliser cette machine non conforme alors que la réglementation l'interdisait. « Si Paprec l'avait interdit, l'accident de Jules ne serait pas arrivé, il n'aurait pas dû arriver », a-t-elle déclaré à la barre, soulignant que cette même machine n'existait qu'en deux exemplaires présentant les mêmes défauts, à Nîmes et à Lansargues dans l'Hérault.

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Une sécurité défaillante et des avertissements ignorés

Le drame s'est produit alors que Jules Pertet nettoyait une écluse avec cinq pales géantes à l'intérieur de la machine aspire-sacs. L'été battait son plein et le responsable maintenance ainsi que l'agent le plus expérimenté étaient en congés. Alors que le jeune homme terminait le nettoyage, l'employé Philippe a redémarré la machine, tandis que le binôme de Jules, Mohamed, un simple apprenti en maintenance, n'avait pas appuyé sur le bon côté de l'interrupteur pour stopper la source d'énergie.

La mère de Jules, Sylvie, éplorée et inconsolable, a révélé que son fils lui avait confié peu avant l'accident : « Je vais démissionner car je ne travaille pas en sécurité ». Avec amertume, elle a ajouté : « Mon regret, c'est de ne pas lui avoir dit de ne pas y aller ». Le père, Fabrice, habité d'une colère froide, a évoqué la difficulté du deuil : « Quand on ne peut pas voir son fils parce que la machine l'a trop abîmé, le deuil devient compliqué ».

Des précédents alarmants et une logique de rentabilité dénoncée

L'affaire prend une dimension encore plus troublante avec la révélation qu'en avril 2022, soit quinze mois avant la mort de Jules, un autre employé nommé Paul avait été grièvement blessé, et miraculé, après avoir été aspiré par la machine identique de l'usine Paprec de Lansargues. Présent dans la salle d'audience à Nîmes, le rescapé est venu soutenir les parties civiles, en attendant son propre procès prévu au printemps.

La procureure et Me Bourgeon, avocat des parties civiles, ont tous deux dénoncé la logique du gain de temps et de rentabilité qui a prévalu au mépris de la sécurité des employés. Le parquet a taclé la direction qui rejette la faute sur un apprenti incompétent : « C'est fictionnel, d'autant qu'il n'a pas été formé. C'est peut-être pas la Nasa mais c'est technique, il ne faut pas mépriser les techniciens ».

La défense de Paprec, représentée par Mes Colin et Maisonneuve, s'est pour sa part arc-boutée sur le « non-respect des mesures de sécurité », souligné par une expertise, tout en dénonçant que l'apprenti avait été testé positif au cannabis. Elle a rappelé que l'industriel avait mis en place des binômes pour le nettoyage et une campagne d'information après l'accident de Lansargues, mais ces mesures se sont révélées insuffisantes pour éviter le drame.

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Le tribunal s'est donné jusqu'au 26 mars prochain pour rendre sa décision sur la culpabilité de Paprec, de son directeur du site et de l'employé, tous jugés pour homicide involontaire. L'affaire met en lumière les défaillances systémiques en matière de sécurité dans certaines entreprises industrielles et la tragédie humaine qui peut en résulter.