Montpellier : quatre accusés repentants face à leur rapt violent d'une jeune femme
Montpellier : quatre accusés repentants après un rapt violent

Un rapt violent qui défie les clichés du narcobanditisme

La cour d'assises spéciale de l'Hérault examine depuis ce lundi 2 mars un dossier particulièrement troublant : le rapt et la séquestration violente d'une jeune femme de 21 ans survenus en septembre 2022 à Montpellier. Quatre hommes comparaissent pour ces faits d'une extrême gravité, mais leurs profils personnels et professionnels contrastent singulièrement avec les stéréotypes habituels du narcobanditisme contemporain.

Des parcours surprenants avant la dérive criminelle

Parmi les accusés, Yones Amangoua, 28 ans, bénéficie du témoignage de son oncle, l'acteur Jean-Pascal Zadi, César du meilleur espoir masculin en 2021. Ce dernier décrit un neveu ayant "grandi dans un cadre sain" avant de perdre contact avec lui lorsqu'il s'est installé à Montpellier vers l'âge de 18-20 ans. "Dans la nouvelle génération, il y a la volonté d'être autonome et d'aller vite. Mais prendre les raccourcis, ce n'est pas toujours le bon chemin", analyse l'acteur.

Yones Amangoua avait monté plusieurs affaires à Montpellier avec son ami Marvin Gueye, 29 ans, détenteur d'un BTS en commerce et particulièrement attentif aux réseaux sociaux. Ensemble, ils avaient ouvert un salon de coiffure sans qualification préalable - "C'était à la tondeuse, j'ai appris tout seul avec des tutos sur Youtube", explique Marvin - et développé un réseau de revente de stupéfiants en ligne au design soigné et au merchandising élaboré.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des ambitions sportives contrariées

Le troisième accusé, Prince Mouanguet, 23 ans, avait connu une adolescence prometteuse comme champion de France et du Rhône de boxe thaï à Vénissieux. À deux doigts de signer un contrat semi-professionnel de footballeur en 2020, il avait vu son beau-père s'opposer à ce projet. "J'étais dégoûté de la vie, j'ai fait une énorme erreur", reconnaît aujourd'hui le jeune homme, qui avait finalement accepté un travail de livreur de stupéfiants à Montpellier.

Quant à Marvin Gueye, sa passion pour le football l'avait conduit à intégrer le Nîmes-Olympique pendant deux saisons alors qu'il était en classe sports études. "C'était bien géré, ça me rapportait entre 2000 € et 3000 € par mois, je m'occupais du produit et du marketing", précise Yones Amangoua à propos de leur activité illicite.

Le dérapage violent de septembre 2022

C'est pourtant ce quatuor qui a enlevé et séquestré le 24 septembre 2022 Maria, la petite amie d'un vendeur soupçonné d'avoir volé de l'argent et de la drogue à une autre jeune femme qui servait de nourrice au réseau. Les accusés ont ensuite exigé une rançon de 50 000 € de ses proches pour la libérer.

"Un père de famille qui reçoit une vidéo de sa fille avec le canon d'un fusil sur sa tempe, des cris, et qui se demande s'il va la revoir un jour, c'est vous, ça", lance le président de la cour au footballeur raté. "J'étais très jeune, je voulais faire de l'argent très vite, je ne pensais pas que ça allait déraper comme ça", répond ce dernier, visiblement repentant.

Les motivations troubles d'un passage à l'acte

Le président de la cour s'interroge : "Trois mille euros et un kilo et demi de produit volé, c'était si important que ça ?" Yones Amangoua reconnaît : "C'est pas forcément l'argent. C'est moi qui ai reçu l'appel" le jour du vol, qui avait été violent. "J'ai vu une femme en sang avec une trace de canon sur le front et ça m'a touché".

Face à ces aveux, le président de la cour d'assises spéciale questionne : "Comment on en arrive à des faits d'une telle gravité, qui percute ce qu'on sait de vos personnalités ?" Yones Amangoua avoue : "En toute honnêteté, je n'ai pas de réponse claire, elle n'aurait pas dû être enlevée".

Un verdict attendu dans un contexte procédural troublé

Le verdict est attendu vendredi, sauf si le procès est renvoyé. La défense s'indigne en effet que le policier qui a dirigé l'enquête soit absent et injoignable, étant "parti en mer" pour une croisière prévue de longue date. Par ailleurs, l'une des enquêtrices de personnalité a été excusée pour une urgence vétérinaire, son chaton étant subitement tombé malade.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Cette affaire met en lumière la complexité des parcours de délinquance et la difficulté à comprendre comment des individus aux profils a priori éloignés de la criminalité violente peuvent basculer dans des actes d'une extrême brutalité. Le jugement de la cour d'assises spéciale de l'Hérault sera particulièrement attendu pour éclairer ces zones d'ombre.