L'Union syndicale des magistrats (USM), principale organisation de magistrats, a vivement critiqué vendredi le ministre de la Justice Gérald Darmanin, l'accusant d'avoir « perdu la confiance » des magistrats en les « jetant en pâture » après le meurtre de la jeune Lyhanna. Dans une déclaration lue lors d'une réunion sur les relations sociales au ministère, le secrétaire général adjoint de l'USM, Aurélien Martini, a remis en cause la responsabilité politique du garde des Sceaux.
Une charge très dure contre le ministre
« Certains ont pu voir dans votre conduite le seul souhait de vous protéger et d’éviter que soit questionnée votre responsabilité comme garde des Sceaux mais également antérieurement comme ministre de l’Intérieur », a dénoncé Aurélien Martini, selon le texte transmis à l'AFP. Le ministre n'était pas présent lors de cette réunion. L'USM, qui a recueilli environ 60 % des voix aux dernières élections professionnelles, estime que Darmanin a privilégié sa « communication ministérielle » au détriment de la justice.
Sanctions annoncées avant la fin de l'enquête
Le garde des Sceaux a annoncé lundi des sanctions contre une substitut de la procureure d'Auch, sur la base d'un pré-rapport faisant état de dysfonctionnements graves dans le suivi de Jérôme Barella, le meurtrier présumé de Lyhanna, 11 ans, signalé à plusieurs reprises pour des faits de pédocriminalité. Ces annonces sont intervenues avant même la remise des conclusions de l'enquête administrative, prévue pour la fin de l'été.
« Votre responsabilité reste entière »
« M. le ministre, il y aura des boucs émissaires, nous l’avons compris. Si des fautes personnelles ont été commises, elles seront sanctionnées, nous n’avons aucune difficulté avec cela, mais votre responsabilité reste entière et nous saurons le rappeler et le faire savoir », a écrit Aurélien Martini. Le syndicat dénonce le « cynisme » et la « démagogie » d'un ministre qui a jeté « les magistrats en pâture à la colère légitime - mais toujours mauvaise conseillère –, qui s’est exprimée à travers tout le pays ».
Des juridictions débordées
L'USM critique également le manque de moyens alloués à la justice, décrivant des juridictions submergées par les plaintes et les priorités fixées par le ministre. « Quand tout est prioritaire, rien ne l’est », souligne le syndicat, relevant que Gérald Darmanin a « envoyé 64 dépêches et circulaires en 2025 et déjà plus 50 en 2026 ». Plusieurs organisations appellent à une journée d'action lundi pour protester contre la loi sur les peines criminelles et réclamer davantage de moyens pour la justice.



