Caroline Yadan défend sa loi contre l'antisémitisme face aux critiques sur la liberté d'expression
Loi antisémite de Yadan : polémique sur la liberté d'expression

Une proposition de loi ambitieuse face à la recrudescence des actes antisémites

Face à l'augmentation alarmante des actes antisémites depuis le 7 octobre 2023, la députée Caroline Yadan (Ensemble pour la République) porte une proposition de loi déposée fin 2024 et remaniée en commission début 2026 avec l'appui du Conseil d'État. Le texte renforce significativement la répression de l'apologie du terrorisme et instaure un nouveau délit puni de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende pour « provocation à la destruction ou à la négation d'un État ».

Un soutien gouvernemental affirmé

Après la ministre chargée de l'Égalité et de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé, le Premier ministre Sébastien Lecornu a marqué son soutien sans ambiguïté à la proposition de loi. Lors du 40e dîner du Crif le 19 février 2026, il a annoncé que le Parlement examinerait le texte, dans sa version enrichie, « dès le mois d'avril ». Une priorité affichée pour armer la République contre ce qu'il qualifie de « formes renouvelées » de haine.

Une polémique vive sur la liberté d'expression

Ce projet, cosigné par une large palette politique – de la majorité à la droite en passant par certains socialistes –, suscite pourtant une vive polémique depuis plusieurs mois. Ses opposants dénoncent ce qu'ils estiment être un « amalgame » entre antisémitisme et critique légitime de la politique israélienne. Pour ses détracteurs, cette proposition de loi est une entrave à la liberté d'expression qui risquerait de criminaliser des slogans militants ou des positions anticoloniales.

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Caroline Yadan répond aux critiques

À l'heure où le débat s'annonce brûlant, Caroline Yadan défend son initiative et répond aux critiques. Elle explique que cette proposition n'est pas dictée par l'émotion du moment mais procède d'une réflexion engagée dès son entrée à l'Assemblée en 2022.

« Depuis l'enlèvement et l'assassinat d'Ilan Halimi en 2006, onze de nos compatriotes ont été tués sur notre sol parce qu'ils étaient juifs », rappelle-t-elle. « Ce constat, implacable, impose autre chose qu'une indignation passagère : il appelle une réponse lucide, déterminée et durable ».

Clarifications sur la critique d'Israël

La députée tient à réaffirmer clairement que sa proposition de loi n'a pas vocation à interdire la critique d'un gouvernement. « Elle ne limite en rien le soutien au peuple palestinien. Elle ne s'attaque ni à une opinion, ni à une cause, ni à un engagement politique », insiste-t-elle.

Caroline Yadan précise que la critique de l'État d'Israël ou de ses dirigeants, le soutien au peuple palestinien, la dénonciation de la situation à Gaza, l'analyse juridique de faits au regard du droit international, comme l'appel à un cessez-le-feu, demeurent pleinement protégés par le droit français.

Fondements juridiques et institutionnels

La proposition s'inspire de la définition de l'IHRA à laquelle la France a adhéré et que son Parlement (Sénat et Assemblée) a adoptée. La DILCRAH la soutient sans réserve. Le rapport issu des Assises contre l'Antisémitisme initiées par la ministre Aurore Bergé a conclu à l'adoption de ses mesures essentielles.

Un lien entre antisionisme radical et antisémitisme contemporain

Caroline Yadan insiste sur le lien entre antisionisme radical et antisémitisme contemporain. « On ne peut lutter contre l'antisémitisme si on nie dans le même temps un mécanisme central de l'antisémitisme contemporain : la haine des Juifs s'exprime aujourd'hui par l'antisionisme radical », affirme-t-elle.

Elle dénonce le fait que, depuis 20 ans, on tue des Juifs en France au nom de Gaza. « Dire que ce lien n'existe pas, c'est ajouter de la violence au déni », estime la députée, qui critique vivement une partie de la gauche sur ce sujet.

Critique de la gauche et prochaines étapes

La députée regrette que la gauche laïque et républicaine, à quelques exceptions près, choisisse le silence sur sa proposition de loi. « Cette gauche prétendument antiraciste a laissé tomber la lutte contre l'antisémitisme pour des raisons bassement électorales », accuse-t-elle.

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Concernant les prochaines étapes, la proposition de loi devrait être inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale dans les prochaines semaines avant d'être transmise au Sénat pour poursuivre son parcours législatif. Caroline Yadan espère que la Représentation nationale fera le choix de la clarté, du courage et de l'unité, et que la proposition sera adoptée à une très large majorité.