Kebabs et barbiers sous surveillance : la nouvelle loi anti-drogue cible le blanchiment d'argent
Kebabs et barbiers visés par la loi anti-drogue pour blanchiment

Kebabs et barbiers dans le viseur de la lutte anti-blanchiment

Salade, tomate, oignon et sauce blanchiment. Depuis l'adoption de la nouvelle loi sur le narcotrafic il y a six mois, les fermetures administratives de commerces sont devenues une arme redoutable dans la bataille contre le trafic de drogue. Les préfets ciblent particulièrement les enseignes de kebabs, qui ont envahi le paysage urbain français ces dernières années.

Des commerces vides mais rentables

« Il y en a partout. Mais il n'y a jamais un client, jamais personne dedans », constate un policier, décrivant une réalité troublante. Le problème ne réside pas dans la composition des broches, mais dans la viabilité économique de ces établissements face à une concurrence effrénée. Malgré la consommation d'environ un million de kebabs par jour en France, la saturation du marché est évidente.

« C'est un secret de polichinelle. On a beau aimer le kebab, on ne va pas y manger tous les jours non plus. Tout le monde sait qu'ils servent au blanchiment », résume Franck Robine, préfet d'Ille-et-Vilaine. Cet ancien directeur de cabinet de Bruno Retailleau a déjà ordonné la fermeture de plusieurs commerces rennais soupçonnés d'activités illicites.

Une stratégie de fermeture rapide

Les autorités ne se limitent pas aux kebabs. Les barbiers, ongleries, boutiques de téléphonie, vendeurs de CBD et commerces de conseil en informatique sont également sous surveillance. « Dans les barber shop, il y a des mecs qui sont avachis dans leur fauteuil toute la journée. Ils ne font rien parce qu'il n'y a personne, pas un client », témoigne un policier.

Le mécanisme est simple : les trafiquants déposent de l'argent liquide dans ces commerces, qui l'intègrent à leur comptabilité comme des ventes légitimes. « Ils utilisent tout ce qui brasse du cash. Il ne faut pas de trace. Il faut qu'ils puissent faire rentrer du cash dans les caisses et le ressortir dans le chiffre d'affaires », explique un enquêteur.

Des preuves difficiles à rassembler

La complexité pour les forces de l'ordre réside dans la collecte des preuves. « On ne peut pas rentrer dans chaque barber shop pour tout fouiller », reconnaît Frédéric Teillet, procureur de la République de Rennes. Frédéric Gallet, policier et délégué syndical, ajoute : « La difficulté, c'est de le prouver. Il faut regarder les comptes, observer le chiffre d'affaires, le comparer, éplucher les commandes. Il faut de la surveillance et cela demande du temps ».

Face à ces défis, les préfets ont reçu l'instruction d'agir rapidement. Ils utilisent souvent d'autres motifs pour fermer ces commerces, comme la vente de produits interdits, le travail dissimulé ou les fraudes sociales et fiscales. Ce n'est qu'après la fermeture que les enquêteurs examinent les comptabilités suspectes, révélant fréquemment de multiples infractions.

« Il n'y a plus d'impunité », prévient un policier, soulignant la détermination des autorités à enrayer ce phénomène. En parallèle, des pays comme la Suisse étudient des mesures radicales, telles que l'interdiction des paiements en liquide dans les kebabs, pour combattre le même fléau.