Journaliste du Canard Enchaîné poursuivie pour diffamation par le maire de Saint-Raphaël
Journaliste du Canard Enchaîné poursuivie pour diffamation

La journaliste du Canard Enchaîné Emmanuelle Souffi, poursuivie pour diffamation par le maire de Saint-Raphaël après avoir révélé une enquête sur le management municipal, a plaidé sa cause devant le tribunal correctionnel de Nice. Le délibéré est attendu le 26 juin 2026.

Une enquête sur la souffrance au travail

C'est elle qui, à l'automne 2024, avait révélé l'ouverture par le parquet de Draguignan d'une enquête préliminaire sur le management au sein de la ville de Saint-Raphaël et d'ECAA, sur fond de souffrance au travail. Vendredi 15 mai dernier, la journaliste a défendu sa probité devant le tribunal correctionnel de Nice. Poursuivie pour diffamation par le maire de la cité de l'archange (absent et représenté par son conseil), la journaliste (passée par le JDD et le Nouvel Obs) sera fixée sur son sort le 26 juin, date du délibéré.

Pourquoi enquêter sur Saint-Raphaël ?

Interrogée par Var-Matin, Emmanuelle Souffi explique avoir reçu des informations et témoignages mettant en évidence cette problématique. Il y avait aussi des signalements de professionnels de santé. Elle estime qu'il y avait matière à enquêter sur une affaire qui relève totalement de la raison d'être du Canard Enchaîné, ce journal satirique rigoureux qui rend compte de faits d'intérêt public concernant des personnalités publiques, des responsables politiques et des chefs d'entreprise.

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Des témoignages anonymes nécessaires

En matière de souffrance au travail, les journalistes sont souvent obligés de s'appuyer sur des témoignages anonymes, car les gens ont beaucoup à perdre s'ils témoignent. Dans ce cas, la pertinence des témoignages a été corroborée par l'ouverture d'une enquête préliminaire. Cet élément tangible méritait d'être partagé avec le public. Sans lui, l'information n'aurait pas été publiée. La journaliste a travaillé un mois et s'est entretenue avec une vingtaine de sources.

La plainte et les procédures bâillon

La plainte est parvenue à la mi-décembre 2024. C'était la première fois que la journaliste était concernée par une telle procédure, malgré une trentaine d'années de carrière durant laquelle elle a travaillé sur des dossiers retentissants comme celui des suicides chez France Télécom. Cette procédure ne l'a pas surprise. Le journal ne conteste pas le droit de Frédéric Masquelier à saisir la justice. Le Canard Enchaîné fait régulièrement l'objet de poursuites et n'a pas perdu en justice depuis 2013.

Cette plainte pour diffamation est, par sa nature, très différente de ce qui se pratiquait auparavant. Il ne s'agit pas d'une citation directe mais d'une plainte avec constitution de partie civile. Cela entraîne automatiquement la mise en examen de l'auteur de l'article et du responsable de la publication. L'auteur n'est plus considéré comme un témoin mais comme un prévenu, ce qui l'oblige à fournir des preuves de sa bonne foi. Il lui est alors difficile de maintenir l'équilibre entre la défense de sa probité et la nécessaire protection des sources.

Depuis trois ans, ces procédures bâillon se multiplient en France pour museler journalistes et lanceurs d'alerte. L'objectif est souvent de fragiliser la relation de confiance entre le journaliste et le lanceur d'alerte en adressant le message que l'on peut remonter jusqu'à eux.

L'audience et les preuves apportées

Vendredi, lors de l'audience, les journalistes se sont efforcés de démontrer le sérieux de leur travail. Ils ont également pu faire entendre un témoin, une ex-agente territoriale, qui a accepté de corroborer à visage découvert les informations publiées.

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