Inéligible, l'adjoint d'Éric Ciotti se pourvoit devant le Conseil d'État
Inéligible, l'adjoint d'Éric Ciotti se pourvoit en cassation

Le tribunal administratif de Nice a annulé l'élection de Pierre Ippolito, adjoint au maire de Nice chargé de l'économie, le déclarant inéligible. L'intéressé a immédiatement annoncé qu'il se pourvoirait devant le Conseil d'État, une procédure qu'il qualifie de « suspensive », lui permettant de conserver son poste à la mairie et à la Métropole pendant plusieurs mois.

Un pourvoi suspensif qui maintient l'adjoint en poste

Pierre Ippolito a déclaré « prendre acte » de la décision du tribunal administratif de Nice, rendue ce vendredi 9 octobre 2026. S'il « regrette » que ses « arguments n'aient pas réussi à convaincre le juge », il entend les faire valoir devant la plus haute juridiction administrative française. « Je resterai, bien sûr, à mon poste le temps de la procédure, comme le prévoient les règles électorales, a-t-il annoncé. Je serai bien présent lundi au conseil municipal et je serai encore présent de nombreux mois, le temps de la procédure, dans mes fonctions, à continuer à travailler, à être engagé, comme je le suis depuis le premier jour de notre élection. »

L'entrepreneur affirme que « le pourvoi est suspensif » de la décision du tribunal, une procédure qui lui permet de continuer à siéger à la mairie et à la Métropole de Nice. Cette annonce fait suite à la décision de justice qui a également frappé Jean-Pierre Rivère, autre colistier d'Éric Ciotti, dont l'inéligibilité était, selon certains, courue d'avance.

Une question de fond sur la compatibilité entre entrepreneuriat et mandat électoral

Sur le fond, Pierre Ippolito espère que son cas sera l'occasion d'un débat plus large, voire national, dans le cadre de la prochaine présidentielle. « Est-ce que demain, il faudra choisir entre être entrepreneur et être élu ? C'est une question de fond qui est soulevée par cette décision. Et qui peut, à mon avis, questionner notre mode de fonctionnement, notre gouvernance électorale, notre démocratie », a-t-il plaidé.

Selon lui, « bloquer des entrepreneurs potentiellement qui veulent s'engager en politique et dans la vie de leur cité est une vraie question de fond ». Il dénonce « un principe de présomption de culpabilité de conflit d'intérêts », estimant que « tout cela » est dû au fait qu'il « bénéficie de beaucoup de marchés ». Pour lui, au nom de cet « état d'esprit », « on se prive aussi, peut-être, d'une expertise et des compétences qu'on peut retrouver chez les entrepreneurs et dont les collectivités, le gouvernement et la vie politique ont bien besoin quand on voit les finances de notre État et notre mode de fonctionnement actuel ».

Des critiques croisées entre l'adjoint et ses opposants

Pierre Ippolito a également critiqué ceux qui avaient formulé un recours contre lui. « Éric Ciotti a fait le choix d'ouvrir sa liste à la compétence et on voit que, en tout cas, l'establishment n'est pas encore prêt à accepter des entrepreneurs dans ce microcosme », a-t-il attaqué. Il a élargi son propos : « Dans ce cas-là, on pourrait dire que tous ceux qui ont des marchés publics ou qui ont un lien direct ou indirect avec la collectivité ne peuvent pas être éligibles. Ça voudrait dire qu'il y a des centaines de milliers, voire de millions de personnes qui ne peuvent plus participer à la vie démocratique de notre pays… Si je ne cite que Maître Concas, qui est avocat, ou Philippe Pradal, qui est expert comptable, je ne suis pas convaincu qu'ils n'aient pas au moins un client qui n'ait pas des marchés publics avec la Ville de Nice. Or, s'il y a une présomption de culpabilité de conflit d'intérêts, on doit l'avoir pour toutes les professions, et pas que les chefs d'entreprise. »

En retour, Marc Concas, ancien adjoint de Christian Estrosi et à l'origine d'un des recours, n'a pas mâché ses mots : « On n'avait guère remarqué sa présence au conseil municipal, on ne remarquera pas plus son départ. Il laissera dans le souvenir des Niçois d'être celui qui a contribué à la perte des Jeux Olympiques alors qu'il était en charge du développement économique de la ville. » L'ancien adjoint aux Finances estime que Pierre Ippolito « doit rendre les indemnités qu'il n'aurait jamais dû percevoir ». Cette décision du tribunal administratif de Nice, qui annule l'élection de l'adjoint, est suspendue par le pourvoi, laissant Pierre Ippolito en fonction jusqu'à la décision du Conseil d'État.