Un livre événement qui transcende les attentes commerciales
L'ouverture de cet ouvrage, annoncé comme un événement mondial, suscitait une certaine appréhension, laissant craindre un récit trop poli ou instrumentalisé. Pourtant, sa lecture provoque une profonde gratitude envers son autrice, Gisèle Pelicot, et sa collaboratrice, Judith Perrignon. Gisèle Pelicot démontre avec force qu'en 2026, il est possible d'être une icône planétaire sans sacrifier l'authenticité de son histoire à des impératifs commerciaux ou à un quelconque embellissement.
Une narration dépourvue de pathos et de bravade
Gisèle Pelicot choisit de se raconter sans recourir au dolorisme ou à une quelconque forme d'héroïsme. Elle ne sollicite ni la compassion ni l'admiration du lecteur. Son objectif est clair : se réapproprier pleinement son histoire, couvrant les périodes avant, pendant et après l'effroyable affaire des viols de Mazan. Par cette démarche, elle échappe magistralement à tous les carcans.
Elle se libère de l'emprise de celui qui a voulu l'asservir, le premier homme de sa vie, son mari et père de ses enfants, Dominique Pelicot. Elle s'affranchit également des cinquante hommes qui, avec lui, ont violé et souillé son corps, un corps dont elle dit s'être « dissociée » durant ces atrocités. Enfin, elle évite les analyses réductrices de ceux qui ont disséqué l'affaire de Mazan comme on a disséqué son corps, le transformant en simple « pièce à conviction » judiciaire, l'érigeant en héroïne ou la réduisant au statut stéréotypé de « femme martyrisée ».
Refus des étiquettes et affirmation de sa joie de vivre
« Je ne reconnaissais pas ma vie dans le résumé que d'autres en faisaient. J'avais été heureuse, j'en étais sûre. Je n'étais pas qu'une victime. » Cette conviction, Gisèle Pelicot la répète avec insistance tout au long de son récit. Elle précise qu'elle est victime « juridiquement, mais pas face à la vie ». Sa joie de vivre constitue sa réponse la plus éloquente à ceux qui s'étonnaient de la trouver « pas assez atteinte, pas assez vindicative, pas assez en colère » et pour qui elle demeurait « une énigme ». Elle note même : « Même la psy avait du mal à me comprendre », soulignant ainsi la singularité de son parcours et de sa résilience.
Le récit poignant des heures et des jours suivant la révélation
Avec une précision glaçante, elle entraîne le lecteur au cœur du fracas, depuis ce matin du 2 novembre 2020, où elle fut convoquée avec Dominique Pelicot au commissariat de Carpentras, dans le Vaucluse. La suite est malheureusement connue : la présentation des photos la montrant, dans sa propre chambre, violée par son mari et par des inconnus. « Mon cerveau s'est arrêté dans le bureau du sous-brigadier Perret. » Cette phrase résume le choc et la sidération.
Au fil des pages, elle décrit les heures et les jours qui ont suivi, se comportant en automate : passer l'aspirateur, étendre les caleçons de son mari sur le fil à linge en attendant le retour de ses trois enfants. Puis, elle assiste, muette et paralysée, à la rage destructrice qui s'empare des enquêteurs, fouillant, brisant, déchirant et vidant tout, dans la maison de Mazan et, symboliquement, dans sa vie même. Ce témoignage cru et nécessaire offre une perspective intime sur le traumatisme et le long chemin vers la reconquête de soi.



