La France atteint son plus bas niveau historique dans l'indice mondial de perception de la corruption
L'organisation non gouvernementale Transparency International France a dévoilé ce mardi son classement mondial annuel sur la perception de la corruption. Les résultats sont particulièrement préoccupants pour l'Hexagone, qui chute à la 27e position mondiale, son plus mauvais classement depuis la création de cet indice en 1995.
La France obtient un score de 66 sur 100, se retrouvant ainsi devancée par des pays comme les Seychelles ou les Émirats arabes unis, et très loin derrière les leaders que sont le Danemark, la Finlande et Singapour. Cette rétrogradation marque la quatrième année consécutive de recul pour la France dans ce classement international.
Une "alerte démocratique importante" selon Transparency International
Florent Clouet, délégué général de Transparency International France, s'est exprimé auprès de 20 Minutes pour qualifier cette situation d'"alerte démocratique importante". "Cette rétrogradation est à la fois inédite et la plus mauvaise place jamais atteinte par la France", a-t-il déclaré, soulignant le caractère préoccupant de cette tendance à la baisse continue.
Le responsable de l'ONG explique pourquoi ce recul constitue une menace pour la démocratie : "L'absence de réponse à la dégradation de la perception de la corruption peut conduire à deux scénarios. D'abord la résignation, avec une augmentation de l'abstention et une acceptation de la collusion entre pouvoirs économiques et politiques. Ensuite, la colère sociale qui alimente les discours de forces politiques illibérales. Dans les deux cas, c'est toujours la démocratie qui en pâtit."
La méthodologie de l'indice de perception
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cet indice ne mesure pas la corruption constatée ou traitée par la justice, mais bien la perception qu'en ont des dizaines d'experts regroupés en treize sources de données différentes. "Ce qui est compliqué avec la corruption, c'est que, par essence, c'est un phénomène invisible", précise Florent Clouet. "Prendre en compte uniquement les indicateurs de dépôt de plainte ou de condamnation ne permet de constater qu'une toute petite part du phénomène corruptif."
Les experts évaluent deux aspects principaux : l'évolution du phénomène corruptif en France et la capacité des pouvoirs publics à lutter efficacement contre cette corruption.
Les quatre facteurs expliquant cette dégradation
Transparency International France identifie quatre causes majeures à cette perception accrue de la corruption :
- Le manque de volonté politique : L'abandon de la doctrine d'exemplarité promise par le président de la République en 2017, illustré par le maintien de ministres mis en examen au gouvernement et l'absence de prise de parole ministérielle sur la progression de ces infractions.
- Le manque de moyens : Insuffisance des ressources allouées aux acteurs de la répression comme les services d'enquête, le Parquet national financier ou la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.
- Le détricotage des mesures ambitieuses : Remise en cause des lois sur la transparence de la vie publique adoptées dans les années 2010, avec notamment des modifications problématiques de la définition de la prise illégale d'intérêt dans le cadre de la loi sur le statut de l'élu local.
- Le manque de territorialisation : Inadaptation des dispositifs anticorruption à la lutte contre la corruption de basse intensité au niveau local, qui échappe souvent aux radars.
Les propositions pour améliorer la situation
Face à cette situation préoccupante, Transparency International France formule plusieurs recommandations concrètes :
- Une volonté politique renforcée : Porter la lutte contre la corruption au plus haut sommet de l'État, en tant que sujet interministériel prioritaire.
- L'indépendance de la justice : Achever l'indépendance du système judiciaire en alignant le statut des magistrats du parquet sur ceux du siège.
- Plus de transparence : Améliorer la transparence des aides publiques aux entreprises et des marchés publics, secteurs particulièrement exposés aux risques de corruption.
- Un meilleur encadrement du lobbying : Rendre obligatoire la publication des communications entre lobbyistes et décideurs, en s'appuyant sur la jurisprudence qui les considère déjà comme des documents administratifs.
- Une protection renforcée des lanceurs d'alerte : Améliorer l'accès à l'aide financière et instaurer un soutien psychologique pour ces personnes confrontées à des situations extrêmement difficiles.
Florent Clouet insiste sur l'urgence de la situation : "Il faut une volonté politique claire et affirmée. La corruption est par essence un sujet interministériel qui doit être traité avec la plus grande détermination. Les prochaines années seront déterminantes pour inverser cette tendance inquiétante qui menace les fondements mêmes de notre démocratie."
Cette publication intervient dans un contexte où la confiance des citoyens envers les institutions continue de s'éroder, faisant de la lutte contre la corruption un enjeu démocratique majeur pour les années à venir.



