Ouverture d'une enquête pour soupçons de reconstitution de la Jeune Garde
Le parquet de Paris a officiellement annoncé l'ouverture d'une enquête pour « participation au maintien ou à la reconstitution » du groupe antifasciste la Jeune Garde, dissous par décret le 12 juin 2025. Cette décision judiciaire fait suite à un signalement du ministère de l'Intérieur transmis le même jour qu'une réunion ministérielle à l'Élysée consacrée aux groupes d'action violente.
Contexte politique et judiciaire
Cette enquête s'inscrit dans un climat politique particulièrement tendu, presque deux semaines après la mort tragique de Quentin Duranque, militant d'extrême droite lynché à Lyon par plusieurs individus encagoulés. Parmi les suspects mis en examen pour homicide involontaire et complicité dans cette affaire, plusieurs sont identifiés comme des proches du mouvement antifasciste.
La Jeune Garde, fondée en 2018 par le député de la France insoumise Raphaël Arnault, concentre désormais toute l'attention des autorités judiciaires et des services de renseignement. Le décret de dissolution de juin 2025, bien que contesté devant le Conseil d'État, reste en vigueur sans suspension en attendant la décision de la haute juridiction administrative.
Réunion ministérielle et signalement
Mardi, le président Emmanuel Macron a réuni à l'Élysée les ministres de l'Intérieur Laurent Nuñez et de la Justice Gérald Darmanin, ainsi que les responsables des services de renseignement. L'objectif de cette rencontre était d'évoquer spécifiquement « les groupes d'action violente qui sévissent et ont des liens avec les partis politiques ».
Selon un participant à cette réunion, les services de renseignement surveillaient déjà, avant le décès de Quentin Duranque, les « velléités de reconstitution » de groupuscules liés à la Jeune Garde sur au moins cinq territoires différents. Les événements tragiques de Lyon sont venus, selon ce même participant, « étayer » le dossier existant.
Le chef de l'État a en conséquence demandé au ministère de l'Intérieur de lancer les procédures de dissolution de ces cinq « émanations » présumées de la Jeune Garde.
Procédure judiciaire en cours
Le parquet de Paris a confirmé avoir reçu le signalement du ministère de l'Intérieur dénonçant la reconstitution de la Jeune Garde « sous forme de structures satellites ». L'enquête, confiée à la Section de recherches (SR) de la gendarmerie de Paris, porte sur le délit de participation au maintien ou à la reconstitution d'association ou de groupement dissous.
Ce délit est passible de sanctions pénales sévères :
- Trois ans d'emprisonnement
- 45 000 euros d'amende
Précédent judiciaire avec Génération identitaire
Le parquet de Paris a rappelé qu'un « signalement similaire » avait été effectué en octobre 2021 concernant la reconstitution de l'association Génération identitaire, groupe d'extrême droite radicale dissous par décret le 3 mars 2021. Dans ce cas également, la Section de recherches de Paris avait été saisie.
L'enquête concernant Génération identitaire a été clôturée et est actuellement en phase d'analyse par le parquet, qui doit déterminer l'orientation pénale à donner à cette affaire.
Contexte plus large des dissolutions
Depuis l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République en 2017, le gouvernement a procédé à la dissolution de 24 groupes appartenant à la « mouvance ultra ». Selon les chiffres officiels :
- 19 groupes d'ultradroite ont été dissous
- 5 groupes d'ultragauche ont été dissous
Les autorités gouvernementales affirment ne privilégier « un camp par rapport à un autre » dans ces procédures de dissolution, cherchant à maintenir un équilibre dans le traitement des extrémismes politiques.
L'ouverture de cette nouvelle enquête concernant la Jeune Garde intervient donc dans un contexte judiciaire et politique complexe, où les questions de sécurité publique et de liberté d'association s'entremêlent avec les tensions politiques et les drames humains récents.



