Elon Musk convoqué à Paris pour une audition libre sur les dérives de X
Le fondateur et propriétaire du réseau social X, Elon Musk, est formellement convoqué en audition libre à Paris. Cette convocation intervient dans le cadre d'une enquête judiciaire française portant sur les possibles dérives et violations légales de la plateforme. Le magnat américain, qui a publiquement dénoncé « une attaque politique », est attendu par les autorités judiciaires françaises dès lundi prochain. Les investigations se poursuivront indépendamment de sa présence ou de son absence.
Une enquête ciblant la direction de X
Selon le parquet de Paris, Elon Musk et l'ancienne directrice générale de X, Linda Yaccarino, sont visés « en leur qualité de gérant de fait et de droit de la plateforme X au moment des faits ». Cette procédure s'inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l'impunité des géants du web. Le parquet parisien a déjà ouvert des investigations concernant d'autres plateformes numériques majeures, telles que Telegram, Kick, TikTok et Shein.
L'enquête sur X revêt cependant un caractère particulièrement symbolique, car elle cible l'un des réseaux sociaux les plus influents au monde, propriété de l'homme le plus riche de la planète. La réaction d'Elon Musk ne s'est pas fait attendre. Après une perquisition dans les locaux parisiens de X mi-février et sa convocation, il a qualifié les magistrats français de « attardés mentaux » sur sa propre plateforme en mars.
Des accusations graves : deepfakes et pédopornographie
Ouverte en janvier 2025 et confiée à l'unité nationale cyber de la gendarmerie, l'enquête « porte sur les éventuelles violations par la plateforme X de la législation française, à laquelle elle doit bien évidemment se conformer sur le territoire français », a rappelé le parquet. Les accusations sont lourdes et incluent notamment :
- Une possible complicité dans la diffusion d'images pédopornographiques.
- L'utilisation du modèle d'intelligence artificielle de X pour créer des « deepfakes » à caractère sexuel sans le consentement des personnes concernées.
X a vivement réagi à ces accusations, dénonçant lors des perquisitions un « acte judiciaire abusif » motivé par des considérations politiques. La plateforme a réfuté toute infraction et affirmé qu'elle ne se laisserait « pas intimider », accusant le parquet de Paris de tenter d'exercer une pression sur sa direction générale aux États-Unis via son entité française.
La position ferme de la justice française
Le parquet de Paris a tenu à préciser sa position samedi dernier. Il a rappelé que « conformément à la procédure pénale française, qui garantit à chaque mis en cause la possibilité de s'exprimer sur les faits dont il est soupçonné, les gérants et personnels de la société X font l'objet de convocations en audition libre ». Cependant, il a ajouté de manière claire que « leur présence ou leur absence n'est pas un obstacle à la poursuite des investigations ».
La procureure de Paris, Laure Beccuau, avait précédemment indiqué que « la conduite de cette enquête s'inscrit à ce stade dans une démarche constructive », avec pour objectif ultime « de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises ».
Une dimension internationale et des tensions diplomatiques
Cette affaire dépasse largement les frontières françaises. Le parquet de Paris a confirmé avoir transmis des éléments de l'enquête au ministère américain de la Justice, aux bureaux du procureur général de Californie, à celui du procureur de New York, ainsi qu'à plusieurs parquets européens. Il a également rappelé que « les autorités judiciaires d'autres pays ont également ouvert des enquêtes visant X ».
La situation a pris une tournure diplomatique après qu'une lettre du bureau des affaires internationales du ministère américain de la Justice, rapportée par le Wall Street Journal, aurait pris la défense de X. Selon le quotidien, la justice fédérale américaine estime que l'enquête parisienne porterait atteinte au premier amendement de la Constitution américaine sur la liberté d'expression. Le parquet de Paris a déclaré à l'AFP « ne pas avoir connaissance de ce courrier ».
Face à ces potentielles pressions, la justice française reste inflexible. Le parquet a rappelé avec fermeté que « la Constitution française garantit la séparation des pouvoirs et l'indépendance de l'autorité judiciaire. Les enquêtes pénales sont diligentées sous la seule autorité des magistrats ». Cette affaire met ainsi en lumière les tensions croissantes entre la souveraineté juridique nationale et l'influence globale des géants de la tech.



