Edouard Durand, magistrat : l'éviction de la Ciivise et l'engagement contre les violences
Edouard Durand : l'éviction de la Ciivise et son combat contre les violences

Le magistrat Edouard Durand se confie sur son éviction de la Ciivise et son engagement personnel

Dans un entretien exclusif accordé au Monde, Edouard Durand, magistrat et ancien coprésident de la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), livre pour la première fois les motivations profondes qui sous-tendent son combat contre les violences. Cet homme de 50 ans, actuellement en poste à Pontoise dans le Val-d'Oise, revient également sur son éviction brutale de la Ciivise, survenue entre 2021 et 2023, sans qu'aucune explication officielle ne lui soit fournie.

Un engagement né d'un drame familial

Le déclic pour Edouard Durand est survenu au milieu des années 2000, lorsque sa sœur a été victime de violences conjugales. « C'est une femme brillante que j'ai toujours admirée », confie-t-il avec émotion. Pendant une décennie, elle a vécu sous l'emprise d'un homme violent, un traumatisme qui a profondément marqué le magistrat. « Ce traumatisme a bouleversé ma vie », admet-il. Il ajoute : « Il m'a amené à comprendre ce qu'est la violence. »

Le magistrat cite le philosophe Emmanuel Levinas pour illustrer sa prise de conscience : « Levinas dit qu'on se met à penser en se confrontant à des scènes de violence. C'est littéralement ce qui s'est passé dans mon cas. » Cette révélation a été un point de non-retour : « À partir de là, je ne pouvais pas faire comme si je ne savais pas. On est loin d'imaginer ce qu'est la terreur constante, la violence de l'intime, cette cruauté sans limite. »

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Un parcours professionnel guidé par des valeurs humanistes

Issu d'une éducation catholique et humaniste, Edouard Durand a trouvé dans la magistrature, et plus particulièrement dans la fonction de juge des enfants, un moyen de concrétiser ses convictions. « Guidé par des personnes bienveillantes, j'avais découvert ce métier sans le connaître », explique-t-il. Il souligne que cette profession se situe « au carrefour des grandes valeurs que mes parents m'ont transmises : l'amour de la France, la justice et la protection des enfants. »

Son père, avocat pénaliste à Troyes, et sa mère, pionnière dans l'ouverture de la première mission locale de la ville avec le soutien de l'ancien maire Robert Galley, lui ont inculqué un sens aigu de l'engagement. « Recevoir l'amour de ses parents quand on est enfant, cela structure beaucoup », affirme-t-il, reconnaissant l'influence déterminante de son milieu familial sur son parcours.

L'éviction de la Ciivise : une blessure ouverte

Entre 2021 et 2023, Edouard Durand a coprésidé la Ciivise aux côtés de Nathalie Mathieu, œuvrant sans relâche pour la protection des enfants contre les violences sexuelles. Son éviction soudaine de cette commission, sans justification, reste une épine dans le pied du magistrat. Il exprime clairement son regret de ne pas avoir pu poursuivre ce combat sur le front institutionnel. « Je n'ai pas de carapace, il n'y a pas d'indifférence en moi », déclare-t-il, révélant une sensibilité qui contraste avec la froideur souvent associée à la fonction judiciaire.

Cet entretien met en lumière le parcours d'un homme dont l'engagement est né d'une expérience personnelle douloureuse, transformée en moteur pour la défense des plus vulnérables. Malgré les obstacles, comme son éviction de la Ciivise, Edouard Durand continue de porter haut les valeurs de justice et de protection qui guident sa vie professionnelle et personnelle.

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