Publication des dossiers Epstein : le Département de la Justice sous le feu des critiques
Dossiers Epstein : le DOJ critiqué pour sa publication partielle

Publication controversée des archives Epstein par le Département de la Justice

Ce vendredi marquait l'échéance légale pour la publication des fameux « Dossiers Epstein » par le Département de la Justice américain. Conformément à la loi votée le 19 novembre par la Chambre des représentants, l'administration devait rendre publics tous les documents liés aux enquêtes fédérales sur l'affaire Epstein dans un délai de 30 jours. Jeffrey Epstein, le financier pédocriminel retrouvé mort dans sa cellule en 2019 alors qu'il allait être jugé pour trafic sexuel de mineures, continue de hanter la scène politique américaine.

Une publication partielle et technique

Dès l'ouverture du site du DOJ, les internautes ont été accueillis par un message les avertissant qu'ils étaient « dans la queue pour y accéder ». La fonction de recherche ne fonctionnait pas, obligeant les curieux à naviguer manuellement parmi des dizaines de dossiers. Le vice-procureur général Todd Blanche, ancien avocat de Donald Trump, a annoncé que seules certaines pièces étaient publiées dans ce premier lot, promettant que « des centaines de milliers de dossiers supplémentaires » suivraient dans les deux semaines.

Au total, 3 900 documents représentant 3 Go de données ont été mis en ligne, répartis en quatre dossiers distincts. Ces archives ne constituent qu'une partie de la vaste « Epstein Library », mélangeant anciens documents et nouveaux fichiers dans une confusion calculée.

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Contenu des archives : Clinton omniprésent, Trump absent

Le premier dossier contient 3 158 photos de l'intérieur de la maison d'Epstein à Manhattan, montrant notamment des peintures de femmes nues et un tableau représentant Bill Clinton vêtu d'une robe bleue avec des chaussures à talons rouges. Le deuxième regroupe 574 photos et une vidéo montrant Jeffrey Epstein et sa compagne Ghislaine Maxwell lors de voyages entre châteaux et pagodes, ainsi que lors de dîners avec des célébrités comme Kevin Spacey ou Michael Jackson.

Plusieurs clichés montrent Bill Clinton dans une piscine avec Ghislaine Maxwell et une personne au visage caviardé, ainsi qu'assis dans un jet privé avec une jeune femme sur ses genoux. Jean-Luc Brunel, l'agent de mannequins français retrouvé mort en cellule en 2022, apparaît sur une dizaine de photos. Le troisième dossier contient une photo du prince Andrew allongé sur les genoux de quatre femmes en présence de Ghislaine Maxwell.

Le quatrième dossier rassemble des rapports de police, des notes des autorités et des inventaires d'objets saisis lors de perquisitions, incluant des vibromasseurs, des tables de massage et des reçus d'achats de vidéos pornographiques.

Réactions politiques et accusations de camouflage

L'absence notable de Donald Trump dans ces documents a provoqué l'exultation des partisans MAGA. Steven Cheung, directeur de la communication de la Maison-Blanche, a tweeté une photo de Bill Clinton dans un jacuzzi avec une femme au visage caviardé, accompagnée de la légende : « Billy le malin ! @BillClinton à la cool, complètement détendu. »

Les instigateurs de la loi sur la transparence, Thomas Massie (républicain) et Ro Khanna (démocrate), ont accusé le DOJ de violation flagrante de la loi. Massie a déclaré : « Malheureusement, la publication des documents d'aujourd'hui contrevient gravement à l'esprit et à la lettre de la loi. » Khanna a menacé de poursuites les fonctionnaires responsables, pouvant aller jusqu'à la destitution ou l'accusation d'outrage au Congrès.

Les documents publiés sont largement caviardés, avec notamment 119 pages du grand jury de New York entièrement noircies, alors qu'un juge fédéral avait ordonné leur publication. Robert Garcia, représentant démocrate, a dénoncé : « C'est une violation flagrante de la loi. Ils n'ont pas fourni ce qu'ils étaient censés fournir. »

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Les victimes entre soulagement et frustration

Pour Annie Farmer, dont la plainte pour pédopornographie déposée en 1996 est enfin rendue publique, cette publication représente un soulagement. Mais d'autres victimes comme Marina Lacerda expriment leur crainte que les « hommes riches et puissants » soient encore protégés. Jess Michaels, engagée aux côtés d'autres victimes, a déclaré : « Ils viennent de prouver qu'on avait raison. »

Liz Stein a dénoncé un procédé « éhonté » : « Nous sommes prêtes à supporter ce stress pour que tout sorte... Nous voulons que les auteurs des faits soient traduits en justice. » Toutes assurent qu'il existe des noms puissants dans ces dossiers qui n'ont toujours pas été révélés, malgré la loi du Congrès.

Une transparence encore à venir

La loi permet au DOJ de garder secrets les documents contenant des informations personnelles sur les victimes, montrant des actes pédophiles ou pouvant fragiliser une enquête en cours. Mais elle interdit expressément de le faire « sur la base de l'embarras, de l'atteinte à la réputation ou de la sensibilité politique ».

Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, a accusé : « Ce n'est rien d'autre qu'une opération de camouflage pour protéger Donald Trump de son passé peu reluisant. » Alors que la Maison-Blanche se targue d'être « le gouvernement le plus transparent », ce premier lot ne contient aucune révélation majeure et les documents les plus attendus - notamment ceux susceptibles de nommer de nouveaux auteurs présumés d'abus - brillent par leur absence.

La véritable transparence sur l'affaire Epstein attend toujours son heure, tandis que les manœuvres politiques et les caviardages systématiques continuent d'alimenter les suspicions et les frustrations de toutes parts.