Dopage sportif : un réseau de médicaments détournés avec ordonnances falsifiées jugé à Agen
Dopage sportif : réseau de médicaments détournés jugé à Agen

Un réseau de dopage sportif démantelé par la justice

Ce mercredi 22 avril, le tribunal correctionnel d'Agen a examiné une affaire complexe de trafic de médicaments détournés en produits dopants pour le sport. Au cœur du dossier : un ancien bodybuilder de 41 ans, sa compagne de 46 ans, et une pharmacienne de 69 ans gérant une officine à Miramont-de-Guyenne. Les trois prévenus sont accusés d'avoir organisé un système sophistiqué basé sur des ordonnances médicales falsifiées.

Des ordonnances suspectes passées sous silence

La pharmacienne, poursuivie pour cession illicite de médicaments réglementés, usage de faux en écriture et escroquerie entre juin 2021 et septembre 2025, a défendu sa pratique devant les juges. « Vous n'avez jamais été interpellée par les incohérences thérapeutiques, comme un traitement pour l'infertilité prescrit à une dame de plus de 65 ans ou un en-tête et une signature identiques sur toutes les ordonnances ? », a interrogé la cour.

La professionnelle de santé a reconnu certaines négligences tout en se justifiant : « Dès le départ, j'ai cru à des vraies ordonnances. Certes, il n'y avait pas toujours la posologie, mais parfois on trouve de grosses aberrations sur des ordonnances authentiques du centre hospitalier régional de Bordeaux. Les siennes venaient d'un professeur de Haut-Lévêque ». Elle a même reproché à son grossiste de ne pas l'avoir alertée sur les irrégularités.

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Un système organisé sur cinquante mois

L'ancien bodybuilder, reconverti en coach sportif spécialisé dans la préparation aux compétitions de culturisme, a décrit un système qu'il a mis en place progressivement. « La première ordonnance était véridique, mais la date était dépassée. La pharmacienne m'a dit que ce n'était pas grave. Une deuxième fois, elle s'est trompée et m'a donné une quantité beaucoup plus importante de médicaments. À partir de là, j'ai constaté qu'elle était peu regardante ».

Selon les enquêteurs de la Section de recherches de Bordeaux, le prévenu s'est rendu près d'une centaine de fois à la pharmacie de Miramont-de-Guyenne sur une période de cinquante mois. Il y a obtenu :

  • Des stéroïdes sous forme de testostérone
  • Des hormones de croissance parfois réservées aux enfants
  • Des seringues d'insuline
  • Des médicaments contre le cancer du sein

Certaines de ces substances nécessitent normalement des vérifications particulières en raison de leur dangerosité potentielle ou de leur prix très élevé, mais aucun contrôle n'a été effectué.

350 000 euros de préjudice pour les caisses d'assurance

Les CPAM de Lot-et-Garonne et de Gironde estiment le préjudice total à près de 350 000 euros de médicaments remboursés qui n'auraient jamais dû être délivrés. Ce montant considérable illustre l'ampleur du trafic organisé par les prévenus.

La défense de l'ancien bodybuilder

L'accusé principal a expliqué sa motivation : « À un moment donné, j'ai eu besoin d'argent car j'étais accro au jeu. Je n'ai pas fait ça pour m'enrichir, je suivais des sportifs, ils m'ont demandé des produits ». Il a également reconnu avoir demandé à quelqu'un de « coutumier des usages de faux » de lui fabriquer des ordonnances falsifiées, précisant qu'il ne les avait pas falsifiées lui-même pour éviter des erreurs d'orthographe.

Concernant sa compagne, il a affirmé : « J'ai demandé à ma compagne si je pouvais utiliser son compte bancaire car j'étais fiché à la Banque de France, et j'ai envoyé des colis avec son compte Mondial Relay, mais elle n'a jamais su ce qu'ils contenaient ». La compagne est uniquement poursuivie pour blanchiment, contrairement à son conjoint qui doit répondre de multiples chefs d'accusation supplémentaires.

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Une décision mise en délibéré

Face aux interrogations sur le rôle exact de la pharmacienne dans cette affaire, compte tenu du nombre important d'ordonnances suspectes qu'elle a traitées, l'ancien bodybuilder a répondu évasivement : « Ce n'est pas à moi de le dire. Il y a des preuves, des écrits... C'est à vous de juger ». Le tribunal a finalement mis sa décision en délibéré, laissant les trois prévenus dans l'attente du verdict qui déterminera leur responsabilité dans ce réseau de dopage sportif organisé.