Un document crucial dans l'affaire Epstein disparaît mystérieusement
Un document établissant un lien financier indirect entre l'ancien ministre français de la Culture Jack Lang et le financier américain Jeffrey Epstein a été retiré du site officiel du ministère américain de la Justice. Cette disparition, constatée par les journalistes du Figaro, intervient dans un contexte judiciaire particulièrement tendu des deux côtés de l'Atlantique.
Le contenu du fichier retiré
Le document en question, référencé sous le nom "EFTA01681865.pdf - DataSet 10", provenait d'une présentation transmise par la Deutsche Bank au procureur de New York. Ce fichier de 52 pages mentionnait une société offshore nommée Prytanee LLC, créée en 2016 et détenue à parts égales par la Southern Trust Company (liée à Jeffrey Epstein) et par The Pierre Trust, fonds appartenant à Caroline Lang, fille de l'ancien ministre.
Selon les informations révélées, Jack Lang figurait dans les statuts de cette structure, bien qu'il ait toujours contesté toute implication dans les affaires financières du milliardaire américain. Le document précisait qu'un compte courant ouvert le 20 janvier 2017 auprès de la Deutsche Bank servait à gérer des dépenses liées à des "acquisitions d'œuvres d'art".
Les signataires et transactions révélées
Quatre personnes étaient habilitées comme signataires sur ce compte :
- Jeffrey Epstein lui-même
- Caroline Lang, fille de l'ancien ministre
- Darren Indyke, avocat personnel du financier
- Étienne Binant, administrateur de la société et proche conseiller de Jack Lang
Les éléments du document indiquent que Jack Lang aurait perçu onze virements pour un montant total d'environ 1,4 million de dollars, une révélation qui ajoute une dimension financière significative aux liens déjà établis.
Contexte judiciaire français et américain
Le retrait de ce document intervient alors que la justice française s'est officiellement saisie du dossier. Le 6 février dernier, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée" visant directement Jack Lang et sa fille Caroline. Cette procédure judiciaire a conduit l'ancien ministre à démissionner de ses fonctions à l'Institut du monde arabe.
Du côté américain, la procureure générale Pam Bondi et son adjoint Todd Blanche ont justifié ce retrait en expliquant avoir "temporairement retiré des milliers de documents" pour examen approfondi, notamment ceux susceptibles d'identifier des victimes ou de compromettre des enquêtes en cours.
Pressions politiques et modifications documentaires
Sous la pression croissante de parlementaires américains, le ministère de la Justice a procédé à la divulgation de certains noms jusqu'alors masqués dans les documents relatifs à l'affaire Epstein. Des modifications ont également été relevées dans plusieurs fichiers, soulevant des questions sur la transparence du processus.
Les autorités judiciaires américaines rappellent disposer d'environ six millions de documents liés à l'affaire Epstein, dont une large partie reste non publiée en raison de contenus pédopornographiques, d'enquêtes toujours en cours ou de protections liées au secret professionnel.
Répercussions politiques et sociales
Cette affaire continue de produire des ondes de choc dans les sphères politiques françaises et internationales. Caroline Lang a récemment quitté le conseil d'administration du Refuge, association aidant les jeunes LGBT en rupture familiale, suite aux révélations sur ses liens avec Epstein.
Du côté du gouvernement français, le président Emmanuel Macron a refusé de commenter la démission de Jack Lang tout en appelant la justice américaine à "défendre les victimes" de manière prioritaire. Cette position officielle contraste avec l'ouverture d'une enquête par la justice française, montrant la complexité diplomatique de ce dossier.



