Affaire Epstein : un diplomate français visé pour liens avec le scandale pédopornographique
Diplomate français dans les documents Epstein sur pédopornographie

Un diplomate français au cœur des révélations Epstein

Après les noms de Jack et Caroline Lang, c'est celui d'un diplomate français qui émerge des documents judiciaires américains liés à l'affaire Jeffrey Epstein. Selon les enquêtes conjointes de Mediapart et Franceinfo, Fabrice Aidan, haut fonctionnaire des Affaires étrangères, figure dans les milliers de pages rendues publiques fin janvier par le département américain de la Justice.

Le ministre Barrot "effaré" et saisi la justice

Interrogé sur RTL mardi matin, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s'est déclaré "effaré" par ces révélations. Il a annoncé avoir immédiatement pris plusieurs mesures :

  • Saisine du procureur de la République
  • Ouverture d'une enquête administrative
  • Lancement d'une procédure disciplinaire

Le ministre a toutefois précisé qu'il ne fallait pas, à ce stade, "laisser entendre que l'affaire éclabousserait les agents du ministère des Affaires étrangères".

Un parcours entre diplomatie et entreprises

Fabrice Aidan occupait le poste de "secrétaire des Affaires étrangères principal" mais était détaché depuis plusieurs années. Il a notamment été directeur des affaires internationales d'Engie, avant d'être suspendu de cette fonction. Il reste cependant toujours membre des effectifs du Quai d'Orsay, rattaché à la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient.

Plus de 200 mentions dans les documents

Le nom du diplomate français apparaît plus de 200 fois dans les documents américains. Un élément particulièrement troublant a retenu l'attention des journalistes : un email daté du 13 avril 2016 envoyé par la directrice financière de la banque Edmond de Rothschild. Ce message évoque une enquête du reporter Vincent Jauvert concernant un diplomate français en poste à l'ONU à New York, soupçonné par le FBI de consultation de sites pédopornographiques.

L'alerte de l'ONU en 2013

Les investigations révèlent qu'en 2013, l'ONU avait été informée par le FBI d'une enquête concernant l'un de ses agents à New York. L'organisation internationale avait alors ouvert une enquête interne. Mais avant que celle-ci n'aboutisse, Fabrice Aidan a quitté son poste en urgence et a été rapatrié vers la France.

Gérard Araud, alors représentant permanent de la France à l'ONU, aurait "demandé de quitter tout de suite son poste, ce qu'il a fait", selon ses déclarations à Mediapart. Le Quai d'Orsay justifie l'absence de sanction à l'époque par le fait qu'aucune charge n'avait été retenue par la justice américaine.

Services rendus à Jeffrey Epstein

Malgré l'enquête du FBI, Fabrice Aidan a continué à voyager entre les États-Unis et la France, développant des relations avec Jeffrey Epstein. Il apparaît comme un intermédiaire clé dans la relation entre le financier américain et le diplomate norvégien Terje Roed-Larson, connu pour son rôle dans les accords d'Oslo.

Le diplomate français aurait rendu plusieurs services à Epstein :

  1. Partage d'informations diplomatiques
  2. Transfert de rapports des Nations unies
  3. Facilitation d'obtention de visas
  4. Coordination logistique pour les séjours parisiens de Roed-Larson

Des transferts d'argent révélateurs

Les documents montrent également des transactions financières entre Jeffrey Epstein et Terje Roed-Larson, notamment l'achat pour 27 553 dollars d'un grand nombre d'exemplaires d'un livre écrit par le diplomate norvégien sur le Proche-Orient. "Est-ce que nous envoyons de l'argent à Terje ou est-ce lui qui nous en envoie ?", s'interrogeait le comptable d'Epstein dans un message.

Présomption d'innocence et silence médiatique

Il est important de rappeler que Fabrice Aidan bénéficie toujours de la présomption d'innocence dans cette affaire. Le diplomate n'a pas répondu aux sollicitations des médias français. De son côté, le ministre Barrot a affirmé "ne pouvoir exclure" la présence d'autres emails du ministère dans les documents Epstein, tout en précisant que "des noms de diplomates semblent apparaître sans que je puisse en tirer des conclusions".

Concernant l'avenir de Fabrice Aidan, le ministre a été clair : "la procédure disciplinaire décidera de son avenir". Cette affaire vient s'ajouter aux nombreuses révélations qui continuent d'éclabousser le milieu diplomatique international, plusieurs années après la mort de Jeffrey Epstein.