Une condamnation historique de la France par la CEDH pour les enfants harkis
Le 4 avril 2024, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a rendu un arrêt condamnant l'État français pour les conditions de vie inhumaines subies par des enfants harkis au camp de Bias, dans le Lot-et-Garonne. Cette décision, qualifiée d'historique par les parties concernées, ouvre une nouvelle ère dans la reconnaissance et la réparation du drame harki.
Le combat juridique de la famille Tamazount
Charles Tamazount, président du Comité harkis et vérité, a porté la requête de ses frères et sœurs, Abdelkader, Zohra, Aïssa et Brahim, qui ont grandi ou sont nés au camp de Bias. En 2018, un premier jugement du Conseil d'État avait déjà condamné l'État pour les conditions de vie de leur frère Kader entre 1964 et 1975, mais les réparations étaient jugées insuffisantes. « Cette décision a fait œuvre de vérité, mais pas de justice », explique Charles Tamazount, soulignant que les sommes accordées étaient modiques et loin d'un réel droit à réparation.
Les implications de l'arrêt de la CEDH
La Cour européenne a condamné la France pour violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui interdit les traitements inhumains ou dégradants. « C'est très rare, c'est le plus grave pour un État démocratique », affirme Charles Tamazount. La Cour a ordonné à la France de verser moins de 20 000 euros de dommages et intérêts aux quatre requérants, mais cette somme ne couvre que la période de 1974 à 1975, car la France n'a ratifié la Convention qu'en 1974. Cependant, l'arrêt indique que la réparation devrait être d'au moins 4 000 euros par année passée au camp, ouvrant la voie à des demandes pour l'ensemble de la période d'ouverture du camp.
Les perspectives futures et les défis à relever
Le combat n'est pas terminé, selon Charles Tamazount. « Il va falloir une remise à plat. Un contentieux de masse va s'ouvrir », prévient-il. Le Comité harkis et vérité, composé principalement d'avocats et de juristes, accompagne encore une dizaine de requêtes d'autres familles. Cette condamnation est perçue comme un camouflet pour les politiques mémorielles du gouvernement, avec Abdelkader Tamazount parlant d'une « gifle mémorielle » infligée par la CEDH. Pour la première fois, un aspect de la fin de la guerre d'Algérie est jugé par des non-Français et des non-Algériens, ajoutant une dimension internationale à ce dossier sensible.



