L’actrice Adèle Haenel a témoigné pour la première fois après la condamnation définitive du réalisateur Christophe Ruggia pour les agressions sexuelles qu’elle a subies entre ses 12 et 14 ans. Invitée sur le plateau de France 5 ce samedi 25 avril, elle a exprimé un sentiment de soulagement tout en refusant de considérer sa victoire personnelle comme une preuve de l’efficacité du système judiciaire.
Un soulagement teinté d’amertume
Adèle Haenel, âgée de 37 ans, a qualifié son parcours judiciaire de « long et éprouvant ». Accompagnée de son avocate Anouck Michelin, elle a livré une analyse cinglante de la situation des victimes de violences sexuelles. « Se sentir chanceuse d’avoir eu droit à la justice ne témoigne-t-il pas d’une profonde injustice ? Comment se fait-il que la manifestation de la vérité ne soit réservée qu’à certains ? », s’est-elle interrogée avec gravité.
Dénoncer le silence collectif
L’actrice a pointé du doigt les mécanismes de défense des agresseurs et la passivité de l’entourage. « Ce parcours pour la justice ne se mène pas uniquement dans le cadre judiciaire, mais aussi dans la société », a-t-elle déclaré. Elle dénonce un « silence » qui n’est pas le fruit d’une dissimulation parfaite, mais d’un refus collectif de regarder la réalité en face.
Un discours politique plus large
Son discours dépasse le cadre de la pédocriminalité pour embrasser un projet politique vaste. Elle dresse un parallèle entre les violences intimes et les crises internationales, citant notamment la situation en Palestine pour illustrer un « droit international piétiné ». Face à un monde qu’elle voit « glisser dans le fascisme », elle prône une solidarité globale pour que « toutes les vies soient vivables ».
Le théâtre comme refuge
Quant à un éventuel retour devant la caméra, la réponse est sans équivoque. Adèle Haenel maintient son divorce avec le grand écran, tout en continuant de s’épanouir au théâtre. « Ce n’est pas un médium que je critique, c’est une industrie », explique-t-elle. Elle refuse de nourrir une machine qui, selon elle, véhicule des imaginaires sexistes et racistes, préférant consacrer son énergie à une crise qu’elle juge plus profonde : une véritable « crise d’humanité ».



