Les élèves du collège Villa Blanche, à Menton, ont pris part à une simulation d'élection grandeur nature pour désigner leurs délégués de classe, dans le cadre de la Semaine de la démocratie. Campagne électorale, passage dans l'isoloir et dépouillement : une expérience concrète pour comprendre les rouages du vote et l'importance de la participation citoyenne, à quelques mois de l'élection présidentielle de 2027.
Une campagne électorale avant de passer aux urnes
Il est 10 h 30 lorsque nous arrivons à l'accueil de Villa Blanche. Florence Cassegrain, enseignante et organisatrice de cette semaine de la démocratie, nous reçoit avant de nous conduire dans les couloirs de l'établissement. Direction la classe de 4e Clouzot, où les élèves s'apprêtent à voter. « Le projet existe depuis plusieurs années. L'idée est de leur faire comprendre concrètement ce qu'est une élection, à travers un jeu de rôle », explique-t-elle.
Scrutateurs, électeurs, candidats : chacun est invité à prendre part au processus, dans des conditions aussi proches que possible de celles d'un véritable scrutin. Avant de glisser un bulletin dans l'urne, il a fallu faire campagne. Avec l'aide de leurs enseignants, les candidats ont préparé un discours et présenté leurs propositions pour améliorer la vie de classe. Un exercice qui les oblige à réfléchir aux besoins de leurs camarades, mais aussi à défendre des idées et à convaincre.
Des candidats engagés et des propositions concrètes
Parmi les candidats, Inès a déjà une idée précise de ce qu'elle attend de la démocratie. « Pour moi, le vote est un droit vraiment important. Il nous permet d'exprimer notre opinion : c'est nous qui choisissons, et c'est cet aspect qui me fascine. » La jeune fille suit régulièrement l'actualité, notamment grâce au journal télévisé qu'elle regarde avec ses parents, mais aussi à travers des articles et des podcasts. Elle s'intéresse particulièrement au droit et à la politique.
« Il y a toujours des choses à améliorer dans la vie des élèves. Je voulais pouvoir écouter les autres — c'est un principe de base, même si on l'oublie souvent — et essayer de faire bouger les choses. » Pas question, pour elle, de multiplier les promesses irréalisables : elle préfère défendre des propositions concrètes. L'an dernier, même sans avoir été élue déléguée, elle a poursuivi son engagement en créant le Bureau des élèves, qui a notamment permis d'organiser des sorties à Nice et d'autres activités.
Ethan, lui aussi candidat, veut agir sur des aspects très concrets de la vie scolaire. Il évoque les conditions de travail en classe, avec un environnement suffisamment calme pour apprendre, mais où chacun puisse aussi discuter et s'exprimer. Il aimerait également contribuer à améliorer certains services, comme la cantine. « Même indépendamment de l'élection, j'essaie de m'investir. Je suis en train de créer un club d'échecs au collège et j'échange avec le chef d'établissement pour proposer des idées réalisables », raconte-t-il.
Dans l'isoloir, comme les grands
Après les discours, direction le CDI, où un véritable bureau de vote a été installé. Sur les tables, les bulletins sont prêts. Un isoloir attend les électeurs, tandis que l'urne, prêtée par la mairie de Menton, trône au milieu du dispositif. Florence Cassegrain détaille les différentes étapes. Chaque élève doit d'abord se présenter devant les scrutateurs, récupérer une enveloppe, puis prendre les bulletins proposés. « Il faut tous les prendre, comme dans une vraie élection », rappelle-t-elle.
Vient ensuite le passage dans l'isoloir, obligatoirement un par un, pour choisir deux candidats : une fille et un garçon. Une fois le choix effectué, il faut déposer l'enveloppe dans l'urne. Au traditionnel « A voté ! » prononcé par le scrutateur succède la signature sur la liste d'émargement. Tout y est, ou presque : pour des raisons d'organisation, le second tour n'est pas reproduit.
Un apprentissage de la citoyenneté
Un à un, les quelque 25 élèves de la classe accomplissent leur devoir électoral. L'atmosphère est à la fois appliquée et fébrile. Les candidats échangent des regards, tentent parfois de deviner les intentions de leurs camarades. Mais dans l'isoloir, chacun reste libre de son choix. Puis vient le dépouillement. Les scrutateurs ouvrent l'urne et déplient les bulletins sous les yeux attentifs de la classe. Le silence revient. Certains candidats font mentalement les comptes au fur et à mesure que les voix sont annoncées.
Pour Roméo, qui ne se présente pas, l'intérêt de cette expérience réside surtout dans la liberté de choisir. « Ce que j'ai apprécié, c'est la possibilité de donner notre avis. Pour moi, la démocratie, c'est être libre de faire ses choix. » Il souligne aussi l'importance du secret du vote : chacun peut choisir son candidat sans avoir à révéler sa décision à ses camarades.
À cet âge, les opinions politiques ne sont pas nécessairement stabilisées. « Les jeunes reprennent souvent ce qu'ils entendent à la maison et leurs idées ne sont pas encore complètement définies », observe Florence Cassegrain. L'enjeu est donc moins de défendre une orientation politique que de faire comprendre les notions d'engagement, de citoyenneté et de participation.
Après une dizaine de minutes, Florence Cassegrain proclame les résultats. Les délégués sont élus, les bulletins ont été comptés et l'urne est refermée. Mais pour ces collégiens, la découverte ne fait que commencer. Dans quelques années, ils quitteront les bancs de l'école pour participer à leur tour à de véritables élections. Avec, peut-être, le souvenir de cette première expérience où la démocratie s'est jouée à quelques bulletins près.