À Carros, des enfants de SOS Villages écrivent leur polar pour se reconstruire
Carros : des enfants écrivent un polar pour se reconstruire

À Carros, des enfants confiés à SOS Villages d'enfants s'expriment par la fiction policière

Le lundi 13 avril 2026, dans la maison commune du SOS Villages d'enfants de Carros, une ambiance particulière règne. Une dizaine de jeunes, confiés par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), échangent des idées avec enthousiasme. Ils participent à un atelier d'écriture de polar animé par la romancière Anaïs Sautier, résidant à Marseille. Cet exercice, à la fois intime et collectif, créatif et exutoire, constitue la troisième édition du projet « Écrire avec, écrire pour ».

Un refuge dans la fiction pour des parcours de vie difficiles

Lola Brouard, responsable communication de l'association qui célèbre ses 70 ans à l'échelle nationale, explique le contexte : « L'association héberge et suit sur le long terme ces enfants. Leur parcours n'est pas évident : soit parce qu'ils sont orphelins, soit parce que la justice a décidé de leur placement à la suite de maltraitances. Nous mettons tout en œuvre pour maintenir le lien au sein des fratries afin d'éviter de nouvelles ruptures, de nouveaux traumas. » Frères et sœurs grandissent ainsi sous le même toit, sous la tutelle d'un éducateur familial. L'antenne carrossoise, avec ses dix villas rapprochées et quelques appartements, héberge 45 jeunes originaires du département.

Pour ces enfants, décrire une vie différente et difficile n'est pas simple, encore moins à la première personne. La fiction devient alors un outil précieux. Anaïs Sautier souligne : « Il y a une identification très forte dans ce récit. Récit sur lequel ils ont enfin la main. On ne s'inquiète pas trop. Ce sont eux qui décident si ça va bien ou mal se finir. En l'occurrence, promis, tout se termine pour le mieux. » La romancière révèle en riant que le mini-polar, baptisé « 76 » – un crime commis il y a pile cinquante ans est au cœur de l'intrigue –, est porté par un trio de copains âgés de 9 ans : Paulette, Romain et Lola.

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« C'est notre polar, on fait comme on veut » : une intrigue créée par les enfants

Dans cette histoire, Paulette vit dans une maison SOS, tandis que Romain a une « famille qui a eu des gros problèmes ». Ensemble, « ils font village », formant une « unité amicale et vitale ». L'intrigue prend un tour dramatique lorsque Lola et Romain disparaissent sans laisser de trace. La police évoque une fugue – « ça arrive » – et rechigne à lancer immédiatement les recherches. Les jeunes coauteurs objectent avec conviction : « C'est notre polar, on fait comme on veut. » C'est donc Paulette qui se chargera de les retrouver, accompagnée de Lilith, son éducatrice familiale, qui « accompagne, rassure, soutient les bonnes idées ».

L'enquête est jalonnée d'antagonistes, comme une vieille dame au volant d'une fourgonnette blanche, qui pourrait avoir « kidnappé les enfants par vengeance ». Malgré ces éléments sombres, l'atelier est ponctué de rires. Elina, 7 ans, benjamine du groupe, propose : « On peut dire que tout ça, c'était une blague. » Soumaya, 9 ans, rassure : « Ça va le faire, Paulette a déjà trouvé plein d'indices. » Ethan, 12 ans, se régale : « Trop bien ce suspense. »

Un projet national et des perspectives personnelles

Ce suspense durera jusqu'en novembre pour les lecteurs, car le texte ne sera pas publié avant sur internet. Des ateliers similaires sont prévus dans les 23 Villages SOS de France, en vue de l'édition d'un recueil. Rafaël, l'aîné du groupe avec « bientôt 13 ans », s'étonne : « On a fait le travail en avance. » Pressé de rejoindre les jeux et le goûter, il confie pourtant n'avoir jamais écrit « tous les trucs [qu'il] invente dans [sa] tête ». Interrogé sur son envie d'écrire, il répond : « Je pense que je vais le faire. Mais ça serait pas du polar. Si j'écris, je raconterai ma vie. » À la première personne.

Cet atelier démontre comment la créativité littéraire peut offrir un exutoire et un moyen de reconstruction pour des enfants aux parcours complexes, leur permettant de reprendre contrôle sur leur propre récit, même à travers la fiction.

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