La cour criminelle de l'Hérault a condamné Alexandre Karaa à vingt ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté des deux-tiers, pour le viol aggravé de six jeunes femmes rencontrées sur le site de rencontres Meetic entre 2016 et 2023. Le verdict, rendu ce jeudi 15 octobre, a été prononcé moins de deux heures après les réquisitions de l'avocate générale Florence Galtier, qui avait demandé la peine maximale de vingt ans, sans requérir de sûreté.
Un accusé campant sur ses positions jusqu'au bout
Jusqu'à la fin de son procès, Alexandre Karaa a maintenu une posture de victime, qualifiant les accusations de mensonges et dénonçant un procès inéquitable. Dans ses derniers mots, il s'en est pris au président de la cour : « J'ai su que j'allais être condamné le jour où j'ai su que c'était vous qui alliez me juger, j'avais connaissance de votre façon de procéder. Même si, là, on me mettait trois ans et qu'on me dise "rentrez chez vous", je préfère retourner en prison et faire appel, parce que je n'ai pas violé ces femmes ! »
L'accusé, adhérent du Parti nationaliste français et du comité Jeanne-d'Arc fondé par Jean-Marie Le Pen, ne cachait pas son antisémitisme à ses conquêtes. Son avocat, Me Carlo Bruza, a reconnu la difficulté de sa tâche : « Il y a des jours où l'on peut se demander si le choix du métier d'avocat a été un bon choix, dans un dossier qui est un tsunami pour ces jeunes femmes, pour M. Karaa et pour sa famille. Il a été exposé de façon forte, brutale, terrifiante, une sexualité extrêmement particulière. La défense aujourd'hui est un exercice d'équilibriste. »
Des parties civiles décrivant un mode opératoire sadique
Les avocats des parties civiles ont décrit des actes imposés sans consentement : urophilie, sodomies, gorges profondes, émétophilie. Me Hervé Gerbi a dépeint le mode opératoire de « celui qui a violé en série de façon sadique » : « Et à chaque fois, après, il tente de leur faire dire qu'elles ont aimé. C'est ça, la perversité. »
Me Virginie Manzi a souligné la souffrance des victimes : « Elles ont été traitées comme des objets, comme des animaux. Il trouve son plaisir dans leur souffrance, dans leurs larmes, dans leurs cris. Lui, il est enfermé dans son ego, dans sa déviance et dans ses mensonges, et vous, vous êtes des femmes fortes, lumineuses, vous êtes des femmes libres. » Me Cécile Chresteil a retracé le parcours de Jeanne, victime dès 2016 : « Vous aviez choisi le silence, par nécessité, pour survivre à une scène de guerre où l'autre vous a anéantie dans votre chair et dans votre âme. Vous êtes une survivante, et en 2026, vous êtes une héroïne, vous réconfortez vos camarades, vous affrontez votre agresseur avec dignité et courage. »
Un verdict motivé par une dangerosité manifeste
Le président de la cour a lu les motivations du verdict, soulignant « l'absence totale de prise de conscience de l'accusé qui persiste à traiter les plaignantes de menteuses, parfaite absence d'empathie et de remise en question, dangerosité manifeste, risque réel de récidive ». Un éventuel appel représenterait un risque pour l'accusé : si la cour d'assises retenait la qualification d'actes de tortures et de barbarie, comme l'a suggéré le président, Alexandre Karaa encourrait la réclusion criminelle à perpétuité.