Alors que les parents dénoncent la lenteur de la justice dans le scandale des violences sexuelles dans le périscolaire, seize personnes de l’école Saint-Dominique à Paris, « dont plusieurs étaient déjà suspendues », ont été placées en garde à vue ce mercredi 20 mai. Ce coup de filet s’inscrit « dans le cadre de différentes enquêtes préliminaires » pour « des faits de natures et de gravités différentes », a indiqué le parquet de Paris, confirmant une information du journal Le Monde. Les enquêtes sont diligentées par la Brigade de protection des mineurs (BPM) sous la direction du ministère public.
Une mère témoigne : « Ma fille a été violée dans l’école »
« Il m’a touché la zézette et a mis sa main à l’intérieur de mes fesses ». C’est à travers les mots de sa fille de trois ans qu’Anne (le prénom a été changé) a compris qu’elle avait été violée dans le cadre du périscolaire à l’école publique Saint-Dominique, à Paris, avait témoigné cette mère de famille auprès de l’Agence France presse en avril. « Je suis allée voir une pédiatre qui n’a pas fait le rapprochement avec l’hypothèse d’une agression sexuelle », relate-t-elle. Il a fallu attendre la diffusion le 29 janvier d’un Cash investigation tourné en mai, où l’on voit notamment une animatrice embrasser un enfant sur la bouche, pour que la parole se libère. Dès le lendemain, une réunion est organisée à l’école et une mère s’exclame : « Ma fille a été violée dans l’école ! » en apprenant que deux plaintes déposées l’année scolaire précédente contre un animateur pour des violences sexuelles n’avaient jamais été révélées aux parents. « J’ai interrogé ma fille et j’ai compris qu’un autre animateur l’avait violée », rapporte encore Anne, qui fait état d’un « climat de terreur » au sein du périscolaire, des animateurs faisant croire aux enfants « qu’ils allaient tuer leurs parents s’ils parlaient ».
Le maire de Paris sous pression
Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a participé à une réunion dans l’établissement récemment. L’édile socialiste n’avait pas souhaité s’exprimer après cette réunion. « Grégoire a essayé d’être concret. Il n’a pas convaincu tout le monde mais au moins il s’est excusé. Maintenant on attend des actes », a confié à l’AFP une mère d’élève sous couvert d’anonymat. « Pour la première fois, un élu de la République s’est déplacé dans l’école, a reconnu la gravité de la situation et a présenté ses excuses », ont confirmé dans un communiqué des parents de cette école maternelle du VIIe arrondissement. Le maire s’est engagé auprès des familles à revenir à la mi-juin.
Des enquêtes étendues à 84 écoles
Le parquet de Paris a ouvert des enquêtes pour de possibles violences, de différentes natures, dans un total de 84 écoles maternelles, une vingtaine d’élémentaires et une dizaine de crèches, avait précisé dimanche la procureure de Paris, Laure Beccuau, sur RTL. « À l’heure actuelle, au niveau des poursuites, nous avons eu trois ouvertures d’informations (judiciaires, confiées à des juges d’instruction, NDLR) et cinq convocations devant le tribunal correctionnel », avait développé la procureure, ajoutant qu’un animateur avait été placé en détention provisoire. Depuis début 2026, 78 agents de la ville de Paris ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles, des chiffres traduisant un caractère « systémique », selon Emmanuel Grégoire.
Un plan d’action de 20 millions d’euros
Face à l’ampleur du scandale, l’ex-premier adjoint d’Anne Hidalgo a engagé mi-avril un plan d’action d’un coût de 20 millions d’euros pour le périscolaire, « priorité absolue » de son début de mandat. Il prévoit une simplification de la chaîne de signalement avec une cellule d’écoute dédiée et promet une « transparence totale » aux familles ainsi qu’une professionnalisation d’une filière précarisée. La grande majorité des 14 000 animateurs parisiens sont vacataires. Les parents continuent pour leur part de réclamer davantage de mesures. Au-delà de Paris, les collectifs SOS Périscolaire et #MeTooEcole exigent des mesures nationales et une approche interministérielle. À Paris, les syndicats de la profession dénoncent une « politique de répression de la municipalité » qui pratique, selon eux, des « suspensions automatiques » dans une filière en « sous-effectif chronique ». Ils ont appelé à la grève jusqu’au 22 mai.



