Nouvelles victimes de chirurgie esthétique illégale à Lyon dénoncent un salon rebaptisé
Un an après la mise en examen des gérantes du centre esthétique lyonnais Aunessa pour pratiques illégales, l'enquête connaît un nouveau tournant significatif. De nouvelles victimes sont désormais auditionnées par les autorités judiciaires, tandis que le salon, rebaptisé Aatras, continue d'exercer ses activités malgré la multiplication des plaintes et des témoignages alarmants.
Un soulagement tardif pour les victimes
Pendant de longs mois, les patientes ayant porté plainte contre le centre esthétique Aunessa pensaient l'affaire définitivement classée. "On s'était résignées", confiaient certaines d'entre elles, désespérant d'être un jour entendues par la justice. Pourtant, près d'un an après la mise en examen des gérantes pour de multiples infractions, dont l'exercice illégal de la médecine, la tromperie et la fraude fiscale, l'enquête connaît un nouveau souffle.
Pour Stela, 33 ans, cette évolution représente un soulagement mêlé d'une profonde amertume. Elle a enfin pu relater officiellement les conséquences désastreuses d'une séance de blanchiment dentaire mal encadrée : douleurs extrêmes, malaise généralisé et hypersensibilité dentaire persistante. "Je suis rassurée de voir que le dossier n'a pas été enterré", souffle-t-elle, tout en exprimant une colère grandissante face à la situation.
Un salon qui persiste malgré les procédures
La colère des victimes s'explique notamment par le fait que, malgré la procédure judiciaire en cours, Aunessa continue d'exercer ses activités à Lyon et à Paris. Natacha, qui a subi des injections adipolytiques pourtant strictement interdites en France, s'inquiète sérieusement des risques à long terme pour sa santé. "Le salon n'a jamais fermé ses portes. Ils publient sur les réseaux sociaux comme si tout allait parfaitement bien, alors qu'aucun professionnel de santé n'y est officiellement déclaré", dénonce-t-elle avec véhémence.
Le nombre de plaignantes ne cesse d'augmenter de manière préoccupante : elles sont aujourd'hui 28 identifiées, contre seulement deux au départ de l'enquête. Certaines victimes évoquent des blessures particulièrement graves, notamment :
- Des brûlures au second degré suite à l'utilisation d'un plasma pen
- Des complications nerveuses importantes consécutives à une lipoaspiration du cou
- Des séquelles dentaires permanentes après des traitements inadaptés
Les médecins consultés qualifient ces actes de particulièrement dangereux lorsqu'ils sont pratiqués hors du cadre médical réglementé, sans les compétences et les conditions sanitaires requises.
Changement de nom et stratégies d'évitement
Récemment, le centre esthétique a opéré un changement de nom sur les réseaux sociaux, devenant Aatras, sans fournir la moindre explication à ses abonnés. Cette manœuvre semble constituer une tentative de se détacher d'une réputation désormais sérieusement ternie par les enquêtes judiciaires et les reportages médiatiques accablants.
Malgré cette stratégie de rebranding, des influenceuses continuent de faire apparaître le salon dans leurs contenus. Le dernier exemple en date concerne Rym Renom, pourtant condamnée précédemment pour avoir promu une fausse injectrice, filmée lors d'un endolift, un acte médical strictement réservé aux médecins qualifiés. D'autres personnalités issues de la téléréalité avaient déjà fait la promotion du salon avant de supprimer discrètement leurs publications compromettantes.
Une procédure judiciaire qui piétine
Sur le plan judiciaire, l'affaire progresse à un rythme particulièrement lent. La défense des gérantes multiplie les recours procéduraux pour contester la validité de l'enquête, provoquant l'agacement croissant de l'Ordre des médecins. "Tout est fait pour gagner du temps et retarder le cours normal de la justice", déplore l'avocat représentant les victimes, qui attend avec impatience la décision de la chambre de l'instruction.
Cette affaire met en lumière les risques considérables associés aux pratiques esthétiques illégales et soulève des questions cruciales sur la régulation du secteur de l'esthétique en France, particulièrement concernant :
- Le contrôle effectif des établissements proposant des actes à la frontière du médical
- La responsabilité des influenceurs dans la promotion de services potentiellement dangereux
- La protection des consommateurs face à des pratiques commerciales trompeuses
Les victimes espèrent que cette nouvelle phase d'auditions permettra enfin de faire toute la lumière sur les pratiques du salon et d'obtenir justice pour les préjudices subis.