Près de 2 500 lycéens varois étaient dans la rue mardi 6 octobre, à Toulon, Draguignan et Saint-Raphaël, pour dénoncer leurs conditions de vie et d'études. À Toulon, ils étaient plus de 2 000, et plusieurs centaines dans les deux autres villes. Le cortège a défilé sans heurts, entouré d'une « corde bleue » tenue par des adultes venus en soutien, enseignants, parents et syndicalistes.
Des slogans percutants et des revendications précises
Avant de marcher dans Toulon, les lycéens étaient réunis devant le lycée Bonaparte, avec force pancartes. « Désolé pour le "dérangement", nous essayons de sauver notre avenir », tend une élève à bout de bras. « Trop jeunes pour être écoutés, mais assez grands pour se faire gazer », répond une autre. La sono diffusait le son du rappeur La Fève, et la foule traversait la ville en chantant, scandant et huant.
Partout sur les lèvres, ces histoires de « prof absent pendant des mois et pas remplacé, même l'année du bac », « les chaises qui manquent dans les salles de classe à plus de 35 élèves », « les toilettes cassées depuis des années, ou trop sales ». On parle aussi de bâtis vétustes et mal isolés : « on passe par du 35 °C l'été et 15 °C l'hiver », et de matériels défaillants.
« Au quotidien, les conditions scolaires sont déplorables », décrit une lycéenne engagée dans la vie de son établissement, représentante des élèves au conseil d'administration (elle n'a pas souhaité donner son prénom). « Le problème est qu'on n'arrive pas à se faire entendre. Quand on manifeste et qu'ils nous disent que nous mettons notre avenir en péril, je réponds non ! Ce sont les défaillances scolaires qui nous pénalisent. »
Une mobilisation soutenue par les adultes et les syndicats
Le cortège était entouré d'une corde bleue tenue par des adultes, la plupart avec une chasuble de leur syndicat. Ce dispositif visait à empêcher toute intrusion et limiter les risques de heurts. « On a un rôle pour les aider et les protéger », déclinent Émilie et Nathalie, profs en collège. « Les jeunes sont responsables, ils savent pourquoi ils sont là, relaye Cédric Turco chez FSU. Leurs revendications sont claires et nous les partageons. »
Des parents étaient présents, telle Yousra, mère d'une collégienne : « quand j'ai vu les gazeuses et les matraques, ça m'a fait sortir immédiatement ». Le service d'ordre visait à « éviter les intrusions » de trouble-fête qui voudraient casser ou brûler. Il y avait aussi de la défiance vis-à-vis des policiers qui se glissent dans la foule sans décliner leur statut. « On les repère, on les photographie », glisse un délégué CGT.
Un sentiment d'amertume après le passage en préfecture
En sortant de la préfecture, le sentiment des lycéens était à l'amertume : « Ils ont décidé de nous ignorer », « ils se renvoient la balle et ne prennent pas leur responsabilité », « ils ne voient pas notre colère ». Les lycéens réclament des professeurs devant eux et des remplacements systématiques en cas d'absence. « Si nous avons des emplois du temps avec des journées de 8 heures à 18 heures pleines de trous, c'est aussi parce qu'il n'y a pas assez d'enseignants », pointent Lina et Shadlia, en terminale à Bonaparte.
Cette mobilisation, qui a rassemblé près de 2 500 lycéens dans le Var, illustre une colère profonde face à la dégradation des conditions scolaires. Les syndicats présents, comme la FSU et la CGT, partagent ces revendications et appellent à une prise de responsabilité des autorités pour répondre aux attentes de la jeunesse.