« Tu es la prochaine » : Sonia, menacée de mort, vit recluse à Nice
« Tu es la prochaine » : Sonia, menacée de mort, vit recluse

Quatre mois après la fusillade qui a coûté la vie à son frère Ahmed, victime collatérale du trafic de drogue aux Moulins, à l'ouest de Nice, sa sœur Sonia vit presque recluse et terrorisée. Elle a déposé plusieurs plaintes et mains courantes pour des menaces de mort répétées et réclame un relogement d'urgence pour pouvoir faire son deuil sereinement.

Une vie brisée depuis la fusillade du 11 mai

Depuis le 11 mai 2026, c'est la descente aux enfers pour la jeune femme. Ce jour-là, peu après 15 heures, un homme circulant à trottinette électrique a ouvert le feu à plusieurs reprises sur la devanture d'un commerce de la place des Amaryllis, en plein cœur du quartier des Moulins, à Nice, juste à côté d'un point de deal notoire. Deux pères de famille de 38 et 57 ans, étrangers au trafic de stupéfiants, sont tombés sous les balles : Adisson et Ahmed, le frère de Sonia.

« C'était vraiment un gentil bonhomme, il s'occupait des jeunes du quartier, il était tranquille, il élevait ses enfants », bredouille-t-elle. Sonia vivait dans la peur depuis fin juin, début juillet, alors qu'elle pleurait encore son frère. « Il avait mon prénom tatoué sur son bras », confie-t-elle.

Des menaces répétées et des plaintes en série

La première menace est survenue en pleine journée : un jeune s'est approché pour présenter ses condoléances, puis un autre lui a lancé : « Tu es la prochaine sur la liste ». Déboussolée, Sonia a déposé une première main courante sur les conseils de son avocate. Depuis, elle a déposé d'autres mains courantes, jusqu'à une plainte début septembre, puis une autre quinze jours après.

Les remarques déplacées, les menaces de mort et les intimidations se sont multipliées dans son quartier, jusque dans son immeuble, dans sa cage d'escalier. « Toi, avant demain matin, tu ne seras plus sur la planète Terre, tu vas rejoindre ton frère », lui a lancé un homme d'une trentaine d'années, un soir, près de chez elle. Il a été interpellé et placé en garde à vue.

« À chaque fois, c'est la même chose : on me parle de mon frère et ce n'est jamais la même personne », révèle-t-elle. Elle analyse : « Après la fusillade, ça a fait le tour du coin autour de chez moi. Et maintenant, tout le monde sait qui je suis ». Dans ce quartier de Nice vivent, selon elle, des proches de certaines personnes impliquées dans la fusillade meurtrière.

Une demande de relogement restée sans réponse satisfaisante

Révoltée, Sonia décrit son quotidien : « Je vis presque recluse chez moi. Parfois, je ne sors pas pendant des jours entiers. J'ai passé la canicule enfermée dans 9 m2, je jette l'argent par les fenêtres pour qu'on aille m'acheter des cigarettes. Mon frère a pris une rafale de douze balles ! Douze ! Et moi, je dois me cacher ? »

Elle a fait une demande de logement à la Ville de Nice. « Laurent Nuñez [ministre de l'Intérieur] est venu, ils ont mis un local de la police municipale, ils nous ont dit qu'ils seraient à nos côtés, aux côtés des victimes… Qu'ils tiennent leur promesse ! Ça suffit, les salamalecs seulement devant les caméras », s'insurge-t-elle. La Ville lui a proposé un appartement, mais un quatre-pièces, alors qu'elle est célibataire et sans enfant. Surtout, le logement se situait aux Moulins, là où son frère a été tué.

Désespérée, Sonia conclut : « Je voudrais qu'on me laisse faire mon deuil sereinement. Et c'est impossible, avec ces menaces pour ma sécurité. Il faut que je déménage, il faut qu'ils me trouvent un appartement. Un petit, je ne demande pas grand-chose... »