Trois ans requis contre le propriétaire d'un mas après un lynchage
Trois ans requis après un lynchage dans un mas

Le 19 septembre 2025, une soirée festive dans un domaine du Crès, près de Montpellier, a viré au drame. Un client, victime du vol de sa sacoche, a alerté les gérants. Un suspect a été identifié, mais son refus d'avouer a déclenché un passage à tabac par un groupe de personnes. Trois ans de prison, dont un an ferme, ont été requis contre le propriétaire des lieux, seul auteur identifié parmi les agresseurs.

Des violences d'une extrême gravité

La procureure, lors du procès qui s'est tenu récemment devant le tribunal correctionnel de Montpellier, a décrit une scène d'une violence inouïe : « La victime a été rouée de coups au point de perdre connaissance et a ensuite été traînée au sol par les bras. » Elle a qualifié les faits de « lynchage », de « vendetta » et de « violences dépourvues de toute dignité ».

La victime a subi plusieurs fractures, des côtes cassées et les deux poumons perforés, nécessitant 30 jours d'incapacité totale de travail (ITT). En raison d'une santé déjà fragile, elle n'a pu être entendue que six mois plus tard. Elle était absente du tribunal lors du procès, un an après les faits.

Le propriétaire, seul mis en cause

Rémi, le propriétaire du mas, est le seul des auteurs à avoir été identifié. Il était jugé pour « violence commise en réunion suivie d'incapacité supérieure à huit jours ». Plusieurs témoins ont affirmé l'avoir vu porter des coups. Selon l'un d'eux, il aurait lancé à la victime : « On ne vole pas chez moi et lui, il ne volera plus jamais chez moi. »

La procureure a souligné que le prévenu n'avait reconnu les faits que lors de sa seconde audition par les gendarmes, après avoir prétendu ne pas se souvenir lors de la première. Rémi a déclaré : « Comme il ne parlait pas, je l'ai frappé, mais je n'étais pas le seul. » L'avocat de la victime principale a déploré : « Il se plaint d'être seul dans le box mais ne donne aucun nom. » Les autres agresseurs, au moins quatre, n'ont pas pu être poursuivis.

Une seconde victime et des zones d'ombre

Un témoin a rappelé que Rémi « n'avait pas voulu appeler les forces de l'ordre ». Ce sont les pompiers, confrontés à une vive tension et à l'alcoolisation des protagonistes, qui ont alerté les gendarmes. Le prévenu comparaissait également pour des violences commises sur un autre homme, lui aussi frappé par plusieurs personnes ce soir-là.

Cet homme a expliqué au tribunal : « Ils m'ont mis la pression pour que je retrouve la sacoche », avec une menace explicite : « sinon, tu vas finir comme lui ». L'avocat de Rémi a précisé que la sacoche avait été retrouvée sous une voiture par un jeune qui cherchait la carte bancaire d'un ami, également volée. Il a ajouté que ces vols avaient été classés sans suite par les gendarmes.

Des réquisitions fermes et des demandes de la défense

La procureure a requis 36 mois d'emprisonnement dont 24 avec sursis, laissant au juge d'application des peines l'éventualité d'aménager les 12 mois ferme. Elle a demandé plusieurs obligations : « travailler, suivre des soins psychologiques, indemniser les victimes, ne pas avoir de contacts avec elles, ne pas détenir ou posséder d'arme ». Elle a insisté : « L'interdiction de la justice privée est un des points cardinaux du droit. Personne n'est au-dessus des lois. Ici, c'est l'intention de se faire justice qui me pose problème. »

L'avocat de Rémi a jugé ces réquisitions « totalement disproportionnées », soulignant que les gendarmes n'avaient pas cherché les autres auteurs et que son client n'avait aucun intérêt à retrouver la sacoche. Il a indiqué que le mas faisait désormais appel à une société pour sécuriser ses soirées et a demandé « un partage de responsabilité à hauteur de 50 % », ainsi qu'« une provision de 8 000 € à valoir sur le préjudice ».

En clôture du procès, Rémi a concédé des excuses du bout des lèvres : « je suis désolé de ce qui est arrivé, je ne recommencerai pas. » Le jugement a été mis en délibéré.