La Métropole Nice Côte d'Azur a officialisé ce mardi 13 octobre 2026 le réexamen complet du projet de ligne 4 du tramway, qui devait relier Nice (Grand Arénas) à Cagnes-sur-Mer via Saint-Laurent-du-Var. Cette décision, annoncée par Éric Ciotti, président (UDR) de la Métropole, a immédiatement provoqué une crise politique entre les maires de Nice, Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent-du-Var.
Une étude d'opportunité pour des modes alternatifs
La Métropole confie à la Société des Grands Projets « une étude d'opportunité pour analyser des modes alternatifs, notamment un bus à haut niveau de service (BHNS) ou un transport en site propre », en étendant la réflexion jusqu'à Vence. Deux arguments sont avancés par Éric Ciotti et par Bryan Masson, maire (RN) de Cagnes-sur-Mer et premier vice-président métropolitain chargé de l'Aménagement du territoire.
D'une part, le dérapage financier : le coût du tramway atteint « près de 400 millions d'euros », avec un calendrier glissant vers la fin 2032. D'autre part, le respect du vote des urnes à Cagnes-sur-Mer, où Bryan Masson a été élu en s'opposant au tramway. Bryan Masson affirme ainsi : « Le tramway tel qu'il avait été présenté ces dernières années par les anciens tenants du système n'était pas le bon. On tourne la page et on avance sur le champ des possibles » pour privilégier « un autre type de transport plus efficace, moins coûteux ».
Saint-Laurent-du-Var dénonce un « écran de fumée »
Mais du côté de Saint-Laurent-du-Var, la décision provoque un vif émoi. Joseph Segura, maire (Nouvelle Énergie) réélu pour un troisième mandat, conteste ce virage : « L'étude des alternatives à la ligne 4 annoncée [ce mardi] par la Métropole ressemble fort à un écran de fumée sorti du chapeau pour préparer l'abandon du tramway. » Rappelant qu'il a été mandaté par ses citoyens pour défendre le tramway, le maire de Saint-Laurent-du-Var martèle : « Il n'existe pas de suffrage universel de première et de seconde classe. »
Joseph Segura dénonce un arbitrage guidé par des intérêts partisans : « Les Laurentins ont toutes les raisons de craindre que leur ville paie le prix des alliances entre l'UDR et le RN. » Et Joseph Segura d'invoquer : « Nous demandons le maintien du tramway à Saint-Laurent-du-Var, avec une desserte adaptée à l'Institut Arnault-Tzanck et la publication du cahier des charges de l'étude, des comparaisons de capacité et de coût ainsi que du calendrier de décision. Une étude crédible doit éclairer un choix encore ouvert, sans servir de caution à un renoncement politique. »
Un projet en forte dérive budgétaire
Conçue il y a 15 ans pour relier Nice à Cagnes-sur-Mer sur 7,1 km, la ligne 4 subit une forte dérive budgétaire : son coût est passé de 247 millions d'euros en 2019 à 403 millions d'euros dans la déclaration d'utilité publique. Malgré 65 millions d'euros déjà engagés, le projet se heurte à une bataille acharnée : comment poursuivre ce chantier sans l'accord de Cagnes-sur-Mer ? Car les municipales ont rebattu les cartes. Bryan Masson, maire (RN) de Cagnes-sur-Mer, s'oppose au tramway et privilégie un bus à haut niveau de service. À l'inverse, Joseph Segura, maire (Nouvelle Énergie) de Saint-Laurent-du-Var, soutient le tracé.
Sur le terrain, la tension monte. Michel Salvadori, directeur général de l'Institut Arnault-Tzanck, attend la ligne comme « une véritable bouffée d'oxygène ». Frédéric Llorca, directeur du centre commercial Cap 3000, la qualifie d'« essentielle pour l'emploi et l'accessibilité ». Pourtant, le chantier cale après l'annulation à l'été 2026 de marchés majeurs. Patrick Moulard, président de la Fédération du BTP 06, alerte : « Nous avons besoin de transparence et de visibilité. Ce n'est pas un combat d'ordre politique, nous avons besoin de savoir. »