Neuf prévenus comparaissaient vendredi 16 octobre devant le palais de justice d'Alès pour un vaste réseau de trafic d'œuvres de Diego Giacometti. Ils encourent jusqu'à 3 ans de prison pour des ventes frauduleuses qui auraient généré jusqu'à 2 millions d'euros. La décision du tribunal est attendue le 18 décembre.
Un réseau structuré entre Alès et Paris
Selon l'instruction, des Alésiens fournissaient des pièces rares de mobilier de Diego Giacometti à la salle de vente Christie's et à la galerie Arnaud Plaisance. Ce dernier revendait ensuite le mobilier à un autre professionnel, Robert Valois. Les transactions pour les Alésiens se montaient à un peu plus de 600 000 €, tandis que pour les galeristes, les ventes généraient entre 1,5 et 2 millions d'euros.
Le procureur Abdelkrim Grini a estimé dans ses réquisitions que « les manœuvres frauduleuses révélées lors de l'instruction sont caractérisées ». Il a requis des peines allant de 6 mois de prison avec sursis à 3 ans de prison, dont un avec sursis, pour les neuf prévenus. Le ministère public a également demandé des amendes totalisant près de 140 000 € et la confiscation des biens immobiliers saisis.
La partie civile réclame 1 million d'euros
L'avocate de la galerie Valois, partie civile, a souligné le préjudice subi : « Plaisance et Valois travaillent ensemble depuis 1997. Une relation de confiance est nécessaire dans les 17 transactions menées depuis 1997. Plaisance est le spécialiste de Giacometti. On peut noter son manque de sérieux et de professionnalisme qui a des répercussions sur nous. Il y a eu des manœuvres pour provoquer l'achat de ce mobilier. C'est une mécanique structurée et réfléchie pour nous. » Elle a réclamé 1 million d'euros de dédommagement aux prévenus.
Les avocats de la défense, Mes Sophie Bonnaud, Olivier Massal, Louis Dolez et Luc Abratkiewicz, ont plaidé pour une relaxe générale. Ils ont mis en cause l'implication des galeristes : « Qui a été trompé ? Les galeristes ont acheté à bas prix du mobilier sur lequel ils ont effectué de très belles plus-values. Quand l'inauthenticité des fauteuils apparaît, quelqu'un fait un article 40 ou appelle la police ? Non. Les acheteurs et revendeurs n'ont pas été inquiétés dans ce dossier. On n'a retenu que les lampistes, ceux qui mettent la casquette à l'envers. »
Deux mondes qui se percutent
Me Olivier Massal, conseil de l'un des prévenus, a décrit l'affaire comme « deux mondes qui se percutent, celui des quartiers populaires et celui des salons feutrés des galeries et salles de vente parisiennes. Au final, les petites gens sont poursuivies ; les antiquaires, galeristes, experts passent entre les gouttes. »
La décision sera rendue le 18 décembre. Le tribunal devra déterminer si les manœuvres frauduleuses sont avérées et si les prévenus, principalement issus des quartiers populaires, doivent être condamnés tandis que les professionnels du marché de l'art impliqués dans les transactions ne sont pas poursuivis.