Bayonne : un réseau de trafic de cannabis via Telegram démantelé, des peines de prison prononcées
Trafic de cannabis via Telegram démantelé à Bayonne, peines de prison

Un réseau de trafic de cannabis de haute qualité démantelé dans le Sud-Ouest

Un réseau sophistiqué de trafiquants de cannabis opérant via l'application Telegram a été démantelé dans le Sud-Ouest de la France. Ce mardi 3 décembre, le tribunal de Bayonne a condamné six individus, dont un Bayonnais de 23 ans qui brassait des centaines de milliers d'euros grâce à cette activité illégale. « C'était un gros trafic de cannabis, oui », a concédé l'un des prévenus lors de l'audience.

Des canaux Telegram lucratifs et organisés

Deux des condamnés ont animé des points de deal numériques sur Telegram entre 2021 et 2023, sous les noms Empire of dry et Dry shift 31. Ces canaux alimentaient principalement la Côte basque et la région toulousaine, étendant parfois leurs livraisons jusqu'à Montpellier. Leur chiffre d'affaires dépassait régulièrement les 2 000 euros par jour, avec des bénéfices estimés entre 2 000 et 5 000 euros quotidiennement pour le gérant d'Empire of dry.

L'organisation fonctionnait avec une structure commerciale bien rodée :

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  • Prise de commandes en ligne
  • Livraisons optionnelles assurées
  • Promotions régulières pour fidéliser la clientèle
  • Trois niveaux de qualité proposés : normal, supérieur et exceptionnel

Un produit dangereux et lucratif

Le cannabis vendu était décrit comme « de très haute qualité » par les enquêteurs. Il s'agissait principalement de résine « filtrée » et aromatisée, appelée « frozen » dans le jargon du milieu. Cette drogue contenait jusqu'à 50% de THC, un taux particulièrement élevé comparé à la moyenne de 30% en 2022 et seulement 12% en 2011.

Le Bayonnais de 23 ans vendait ce produit à 20 euros le gramme. Lors de son interpellation, les forces de l'ordre ont saisi chez lui l'équivalent de 539 000 euros en billets, ainsi que 44 kilos de cannabis. « Ce n'est pas un trafic ordinaire », a souligné le procureur Jean-Claude Belot, insistant sur la « particulière dangerosité du produit ».

Une collaboration entre trafiquants

L'enquête a révélé des liens entre les différents trafiquants. Le gérant d'Empire of dry, surnommé Alexi, a contacté le responsable de Dry shift 31, basé près de Toulouse, pour élargir son réseau. Ce dernier, un homme de 32 ans, affirme avoir repris la gestion du canal pendant une période de chômage. Sur des écoutes téléphoniques, il évoque des bénéfices annuels de 1,4 million d'euros, tout en niant que cet argent lui appartienne.

Les méthodes de transport étaient particulièrement élaborées. Un véhicule, une Clio modifiée, effectuait régulièrement des allers-retours entre la France et l'Espagne. « Il fallait allumer le chauffage à fond et appuyer sur un bouton pour ouvrir la cache sous le siège », a expliqué l'un des conducteurs. Le véhicule descendait en Espagne rempli de liquide et remontait chargé de résine de cannabis.

Des peines sévères mais des défenses actives

Les deux principaux responsables ont écopé des peines les plus lourdes : quatre et cinq ans de prison, dont dans les deux cas un an avec sursis. Le parquet avait requis jusqu'à six ans de prison ferme pour chacun, retenant la qualification d'association de malfaiteurs. « Les fonctions étaient bien définies et acceptées par chacun », a argumenté le procureur.

Les avocats de la défense ont cependant contesté ces demandes. Me Philippe Saladin, avocat du Bayonnais, a jugé excessives les réquisitions : « Il aurait écoulé pour plus d'un million et on est incapable de retrouver un euro ». Il a également souligné que son client avait permis de faire tomber les autres membres du réseau.

Me Christophe Carriou-Martin, avocat du Toulousain, a plaidé pour « une peine qui n'excède pas quatre ans ferme », mettant en avant la coopération de son client avec la justice. Il a également pointé l'évolution des modes de trafic : « Si la justice continue à se fonder sur des logiques pyramidales, elle se trompe. Le trafic fonctionne désormais de manière ubérisée ».

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Un réseau résilient

Malgré les arrestations et condamnations, les enquêteurs craignent une résurgence rapide de ces activités. Peu après les interpellations, le canal Empire of dry a publié un message sur Telegram : « Désolé, nous sommes fermés pour quelques jours », avec la promesse d'un retour prochain. Cette annonce illustre la difficulté à éradiquer définitivement ce type de trafic numérique, qui s'adapte rapidement aux coups portés par les forces de l'ordre.

L'affaire révèle ainsi l'émergence de nouvelles formes de criminalité organisée, utilisant les technologies modernes pour développer des réseaux décentralisés et particulièrement difficiles à démanteler complètement.