Cinq ans après les faits, le tribunal correctionnel de Draguignan rend son verdict
Le tribunal correctionnel de Draguignan a prononcé ce mardi des peines d'emprisonnement ferme à l'encontre de quatre des six prévenus jugés pour un ancien trafic de stupéfiants à Brignoles. Les faits remontent à la période 2020-2021, marquée par les confinements sanitaires. Aucun des mis en cause n'a été inquiété par la justice pour de nouvelles infractions liées aux stupéfiants depuis leur interpellation initiale, il y a maintenant cinq années.
Des peines adaptées à l'évolution des prévenus
Le procès, initialement prévu pour durer deux jours, s'est finalement achevé en seulement six heures d'audience. Cette célérité s'explique en partie par l'évolution notable des prévenus depuis la fin de leurs activités délictuelles. Les petits délinquants qui « dépannaient » en résine de cannabis durant la pandémie sont devenus de jeunes pères de famille insérés professionnellement, cherchant activement à tourner la page sur cette période trouble de leur existence.
La procureure Inès Papin, ainsi que le tribunal, ont pris en compte cette transformation positive. Si les six hommes n'ont pas échappé à la condamnation, ils ont bénéficié d'une certaine clémence de la part des magistrats. Les peines prononcées varient de 12 mois avec sursis à 14 mois d'emprisonnement ferme, couvrant au passage les périodes de détention déjà effectuées durant l'instruction du dossier.
Un réseau de consommateurs devenus revendeurs
L'enquête judiciaire a révélé l'existence d'un « réseau de consommateurs qui s'allient pour vendre ensemble » selon les termes de la représentante du ministère public. Cette organisation informelle aurait écoulé près de 9 kilogrammes de résine de cannabis sur le territoire brignolais en un peu plus d'une année, pour un bénéfice total estimé à environ 12 000 euros.
Les investigations ont débuté en avril 2020 lorsqu'une perquisition chez l'un des prévenus, François, a permis aux gendarmes de découvrir non seulement 633 grammes de résine de cannabis et 900 euros en espèces, mais également le kit complet du petit revendeur : balance de précision, sachets de conditionnement et plusieurs téléphones portables. Les analyses téléphoniques ont alors établi un premier lien ténu entre François et un autre individu nommé Othman.
L'enquête se précise grâce aux interceptions téléphoniques
Un mois plus tard, en mai 2021, les forces de l'ordre ont fouillé le domicile d'Eddy, alors suspect dans une affaire distincte de tentative de meurtre. Cette opération a permis la saisie de 70 grammes de résine de cannabis, 108 grammes d'herbe et une comptabilité sommaire des transactions. Surtout, l'examen de son téléphone portable a révélé de nombreux échanges avec ce même Othman, confirmant ainsi les connexions au sein du réseau.
Les prévenus, pour certains amis d'enfance ou simples voisins, ont toujours défendu l'idée d'une entraide informelle plutôt que d'une organisation criminelle structurée. « Nous étions un groupe d'amis qui vendait pour financer sa propre consommation », a expliqué l'un d'eux, aujourd'hui chef d'entreprise. Ils insistent sur l'absence de hiérarchie et de bénéfices substantiels, présentant plutôt leurs activités comme un moyen de subvenir à leurs propres besoins en substances stupéfiantes.
Une page Snapchat et des codes couleurs
Malgré ces déclarations, l'enquête a mis en lumière certains éléments suggérant une certaine organisation. Les membres du réseau avaient créé une page Snapchat baptisée « Shop Caramy » pour faciliter leurs transactions. Ils utilisaient des codes couleurs dans leurs communications téléphoniques et effectuaient régulièrement des déplacements vers Marseille afin de se réapprovisionner en produits stupéfiants.
Yanis, l'un des prévenus, reconnaît ces pratiques tout en maintenant la version d'une organisation horizontale : « On consommait beaucoup à l'époque et du coup, on se dépannait si besoin. Il n'y avait aucune hiérarchie ». Cette défense a trouvé un certain écho auprès du tribunal, qui a pris en compte l'absence de récidive depuis cinq ans et l'insertion sociale actuelle des anciens délinquants.
Jordan, un autre prévenu, résume cette évolution : « Depuis ces faits, personne n'a récidivé. Je pense qu'on a su tous passer à autre chose ». Le tribunal de Draguignan a donc prononcé des peines qui, tout en sanctionnant les actes commis, tiennent compte de cette réhabilitation personnelle et professionnelle des condamnés.



