Suisse : le parquet appelle au calme après des altercations entre propriétaires et familles des victimes de l'incendie
Suisse : appel au calme après altercations autour de l'incendie meurtrier

Suisse : le parquet lance un appel au calme après des altercations houleuses

Le parquet suisse enquêtant sur l'incendie meurtrier du bar Le Constellation à Crans-Montana a lancé jeudi un appel au calme après des altercations entre les propriétaires français de l'établissement et des proches des victimes. Cet incident s'est produit en marge d'une nouvelle journée d'audition, alors que l'enquête pour homicide par négligence se poursuit dans un climat particulièrement tendu.

Une confrontation émotionnelle devant le tribunal

Une petite dizaine de proches de victimes s'était rassemblée tôt jeudi matin à Sion, la capitale régionale, pour accueillir l'arrivée des époux Moretti, propriétaires du bar. Les échanges ont rapidement tourné à la confrontation verbale, avec des accusations directes et des expressions de douleur brutales.

« Vous avez tué mon grand frère, salope, vous comprenez ! Regardez-moi dans les yeux, vous avez tué mon frère », a lancé Tobyas, 14 ans, frère du jeune Trystan décédé à 17 ans dans l'incendie survenu la nuit du Nouvel An.

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La procureure générale adjointe a ensuite fait un appel au calme pendant l'audition, un appel qui « je crois qu'il a été entendu », selon Romain Jordan, un des avocats des familles des victimes. « On n'a pas besoin de pathos », a-t-il ajouté, soulignant la nécessité de laisser la justice travailler sereinement.

La douleur des familles s'exprime avec force

Le drame a fait 41 morts et 115 blessés, principalement des adolescents et de jeunes adultes. Certains blessés gravement brûlés sont toujours dans le coma, ce qui ajoute à l'angoisse des familles.

Pendant l'audition, Vinciane Stucky, mère de Trystan, a raconté : « Jacques Moretti a essayé de me demander pardon, je lui ai dit de détourner le regard et de regarder le sol, parce qu'on ne demande pas pardon pour des choses comme ça ».

Christian Pidoux, père de Trystan, présent avec ses trois enfants encore en vie, a exprimé sa colère devant les journalistes : « Ni pardon, ni oubli, mon fils est mort, il a été brûlé ».

Gulcin Kaya, mère d'un jeune de 18 ans décédé, a crié aux époux Moretti : « Il est où mon fils, il est où ? » tandis que Samhare Saleh, amie de la famille Pidoux, a affirmé : « Aujourd'hui on exige la justice, on exige la vérité pour tous ces enfants qui sont décédés et ceux qui sont encore à l'hôpital, qui sont entre la vie et la mort ».

Les propriétaires tentent de répondre

Face à ces accusations, Jacques Moretti a répondu : « On prendra nos responsabilités, on va assumer, on vous le promet, on est là pour la justice », alors qu'il tentait de se frayer un chemin avec son épouse et leurs avocats.

À l'issue de l'audition, le couple est parti discrètement par des couloirs souterrains, évitant ainsi une nouvelle confrontation. Jacques Moretti avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, puis libéré le 23 après le paiement d'une caution, et placé comme son épouse sous mesures de contrainte.

Une enquête complexe dans un contexte tendu

L'enquête pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence vise :

  • Les propriétaires du bar
  • L'actuel responsable du service de sécurité de Crans-Montana
  • Son prédécesseur, qui a quitté son poste en 2024

Selon les premières conclusions, l'incendie aurait été provoqué par les étincelles de bougies « fontaine » qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol. L'enquête doit maintenant déterminer :

  1. Les circonstances exactes de l'incendie
  2. Le respect des normes de sécurité par les propriétaires
  3. Les responsabilités de chacun

La commune a déjà reconnu l'absence de contrôles incendie dans le bar depuis 2019, alors qu'ils doivent être effectués tous les ans. Alain Viscolo, qui représente deux victimes, a indiqué qu'une plainte a été déposée contre le maire de Crans-Montana.

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Des rencontres privées mais pas de pardon

Mercredi, lors de l'audition de Jacques Moretti, la mère de deux jeunes femmes blessées, Leila Micheloud, a échangé en privé avec le couple en présence de leurs avocats. « Il n'y a pas eu de pardon. [...] Je les ai écoutés et ça s'arrête à ça », a-t-elle expliqué jeudi dans une vidéo publiée sur Facebook, précisant que la rencontre s'était faite « de manière impromptue ».

Les prochaines auditions se dérouleront dans ce climat de tension extrême, où la douleur des familles continue de s'exprimer avec une intensité qui préoccupe les autorités judiciaires suisses.