Le ministère de la Santé a publié mardi 29 septembre une version améliorée de son dérivomètre, un outil destiné à aider les patients à repérer les comportements problématiques chez les praticiens de médecines non conventionnelles. Cette initiative intervient alors que la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) constate une hausse du phénomène : sur l'ensemble des signalements et demandes d'informations reçus entre 2022 et 2024, une majorité (37 %) concernait la santé et le bien-être.
Un outil pour jauger les risques chez les praticiens
Le dérivomètre s'inspire du violentomètre, qui permet de jauger les violences conjugales. Il détaille 16 situations, réparties en trois seuils d'alerte : « Je reste attentif », « Je fais une pause », « Je dis stop ! ». L'outil peut servir aussi bien à une personne sous emprise qu'à un proche de victime.
Pascale Duval, directrice et porte-parole de l'Unadfi (Union nationale des Associations de Défense des Familles et de l'Individu victimes de sectes), dont l'association a participé à la création du dérivomètre, explique : « La difficulté était de ne pas attaquer ces pratiques non conventionnelles en santé. Une pratique n'est pas dangereuse en soi, c'est la façon dont elle va être utilisée. On a orienté les niveaux d'alerte sur ce qui était possible dans le cadre d'un recours à ces pratiques, plutôt que sur les pratiques en elles-mêmes ».
Des violences parfois difficiles à identifier
Si elle tique sur quelques phrases qui se répètent, notamment dans les derniers degrés du baromètre, Pascale Duval salue un projet qu'elle juge essentiel. Elle travaille au contact de victimes et constate par exemple que « certains praticiens prétendent libérer les 'chakras du périnée' avec des pénétrations digitales ou avec des objets. C'est un viol et beaucoup de femmes ne le savent pas ».
Florence Pinloche, psychologue clinicienne pour le Centre contre les manipulations mentales (CCMM), applaudit également l'initiative. « J'aurai certainement l'occasion de l'utiliser quand je fais des formations ou de la prévention. J'utilise déjà le violentomètre et le dérivomètre me semble être un très bon outil pour présenter les choses », estime-t-elle.
Pour la psychologue, ce document est surtout très utile pour aider à mieux se repérer dans un milieu qui entretient parfois de l'ambiguïté. « Ces praticiens peuvent se présenter comme des thérapeutes, donc on se dit que ce sont des gens diplômés. Les personnes sont persuadées d'avoir affaire à une personne qualifiée », explique-t-elle, rappelant que les médecines alternatives ne sont pas reconnues scientifiquement. Elle ajoute : « Il y a beaucoup de bouche à oreille. J'ai des cas de personnes qui ont été conseillées par une collègue de travail ou un membre de leur famille, donc il est d'autant plus difficile pour elles de questionner le praticien ».
Un outil diffusé en ligne et relayé par les partenaires
Le ministère de la Santé assure que « cet outil sera diffusé en ligne et relayé par [ses] partenaires, en particulier la Miviludes, les ordres de professionnels de santé, les ARS, les associations de patients et les associations de victimes de dérives sectaires ». De son côté, Pascale Duval aimerait bien voir ces dérivomètres dans les salles d'attente des médecins conventionnels, « pour qu'ils soient en mesure de bien appréhender tous les risques liés au recours à ces pratiques quand ils orientent leurs patients ».