Procès d'un braquage à Taillebourg : le buraliste témoigne de son traumatisme
Ce vendredi 27 mars, le premier jour d'audience devant la cour criminelle de Charente-Maritime a été marqué par le témoignage poignant du buraliste de Taillebourg, victime d'un vol à main armée. Dans le décorum boisé du tribunal de Saintes, le contraste entre la victime et l'accusé, Alexandre Pezeau, était saisissant.
Un témoignage chargé d'émotion
Assis sur le banc des parties civiles, le buraliste, quinquagénaire, a contenu ses larmes et sa colère tout en malaxant nerveusement ses mains. Il a dû attendre le milieu de l'après-midi pour exprimer son traumatisme. « Je veux revenir comme j'étais avant. Je n'ai rien demandé. Même si pour lui, il n'y avait pas de balle, moi je n'en savais rien. J'ai eu peur pour ma vie », a-t-il déclaré, entre sanglots.
Il a décrit comment sa vie a changé depuis l'incident : « Maintenant, j'ai des tocs, ma vie a changé. Je regarde partout, les portes, les fenêtres. Je suis devenu un peu agressif avec mes clients, mes amis, mes filles. Je dors mal ». Pour lui, ce procès représente une étape cruciale pour retrouver la tranquillité qu'il était venu chercher à Taillebourg, un village situé entre Saintes et Saint-Savinien.
Les faits du braquage
Le vendredi 24 novembre 2023, à 8 h 04, son commerce, repris en avril de la même année, a été braqué par un homme encagoulé, ganté et vêtu de noir. L'individu pointait un fusil de chasse pour gros gibier en direction du buraliste, l'obligeant à le conduire au coffre-fort au bout d'un couloir. Au retour, après avoir dérobé le contenu du tiroir-caisse, il a pointé l'arme sur un client venu acheter des cigarettes.
Ce client, effrayé, a pris la fuite vers la boulangerie, relevé la plaque d'immatriculation et prévenu les gendarmes. Le braquage a duré exactement une minute et huit secondes. Le voleur est reparti à bord d'une BMW volée la nuit précédente à Périgny, lors du cambriolage d'une maison.
L'accusé et son complice
Alexandre Pezeau, aujourd'hui âgé de 23 ans, a reconnu les faits dès sa garde à vue. Incarcéré depuis deux ans et demi, il a effectué sept mois de détention préventive liés à ces faits. Il avait déjà sept condamnations à son actif pour vols et violences. La cour criminelle, réunie les 27 et 30 mars, doit également juger le niveau d'implication d'un complice du même âge, qui a servi de chauffeur. Ce jeune homme, au casier judiciaire vierge, comparaît libre.
Le rôle de la petite amie
La petite amie du principal accusé, mineure de 17 ans à l'époque, était présente dans la voiture. Elle a témoigné être restée « allongée sur la banquette, avec des écouteurs, pour ne pas voir ni entendre ce qui se passait ». En couple avec Alexandre Pezeau depuis six semaines à l'époque, elle a ponctué son témoignage de nombreux « peut-être » et « je ne sais plus », variant quelque peu dans ses déclarations.
Les événements précédant le braquage
Elle hébergeait Alexandre Pezeau, en froid avec sa famille, chez elle à Aytré. Tôt le matin, il lui a dit : « viens, on va voir un pote ». Ils se sont rendus à Beauvais-sur-Matha, à l'autre bout du département, pour embarquer un ami, puis ont pris la direction de Taillebourg. Sur le trajet, Alexandre Pezeau a informé ses deux passagers de son intention de braquer La Civette de Taillebourg, un commerce dont il connaissait la configuration car sa mère y avait travaillé quelques années plus tôt.
Il expliquait vouloir cambrioler le commerce pour aider sa mère, en difficulté financière. Malgré les tentatives des deux passagers pour le dissuader, il a persisté. Le trio s'est stationné sur une petite place proche du bureau de tabac.
Le déroulement de l'action
Alexandre Pezeau est descendu de la BMW, a ouvert le coffre où se trouvait le fusil de chasse gros calibre, l'a déchargé et a mis la munition dans le coffre. L'ami de Beauvais s'est installé au volant à sa demande, avec le moteur en marche. « J'ai vu le client entrer, j'ai klaxonné », a témoigné le chauffeur, accusé de complicité, qui a eu du mal à expliquer pourquoi il avait obéi.
Après le braquage, Alexandre Pezeau est rentré dans la voiture, pestant de n'avoir récupéré que 200 euros. Le trio a pris la fuite vers Beauvais-sur-Matha. Sur la route, Alexandre Pezeau a jeté sa cagoule et l'arme. Le chauffeur a été déposé chez lui, tandis que le jeune couple a été arrêté dans la matinée après une course-poursuite sur le parking d'une grande surface de Saint-Jean-d'Angély. Le chauffeur a été interpellé deux mois plus tard.



