Polytechnique : le calvaire des étudiants face aux gens du voyage
Polytechnique : le calvaire des étudiants face aux gens du voyage

Depuis 2016, une installation de caravanes à proximité de l'École polytechnique, sur le plateau de Saclay, dans l'Essonne, suscite de vives inquiétudes parmi les étudiants. Selon une enquête de Marianne, une centaine de caravanes occupent régulièrement un parking voisin de l'établissement, entraînant des conséquences sur la vie quotidienne du campus, notamment des vols, des raccordements illégaux et des intimidations.

Des vols et des intimidations rapportés par les étudiants

Des élèves disent avoir été victimes de vols. Dans une conversation de promotion consultée par nos confrères, un étudiant avertit ses camarades : « Faites gaffe : je me suis déjà fait voler mes rétros ». D'autres témoignages évoquent des situations plus tendues. « Il y a un an, des gens du voyage ont encerclé ma voiture qui ne démarrait plus, et m'ont mis la pression pour que je la leur vende », raconte à Marianne un doctorant de Polytechnique.

L'affaire a pris une nouvelle ampleur après la publication sur X d'une vidéo, vue 3,6 millions de fois. Filmée par un étudiant, elle montre plusieurs personnes déplaçant une barrière afin de permettre à une caravane d'accéder à un parking situé près des logements étudiants. Le 2 septembre dernier, un étudiant de Télécom Paris aurait par ailleurs été victime d'un racket après avoir été menacé avec un cutter. Selon l'un de ses camarades, la géolocalisation de son téléphone aurait ensuite indiqué une position « dans le camp gitan à côté de la place Marguerite-Perey ». Une plainte a été déposée.

Des incidents divers et une occupation persistante

D'autres incidents sont également rapportés. Des témoins affirment notamment que des canards présents sur le campus auraient été tués avec un pistolet à air comprimé. Dès 2019, une quinzaine d'étudiants avaient écrit à la direction pour signaler la situation. Les autorités locales et les établissements ont depuis tenté de limiter les installations. Le maire de Palaiseau, Grégoire de Lasteyrie, affirme que les occupants sont partis « d'eux-mêmes ». Le propriétaire du parking a néanmoins porté plainte, tandis qu'une précédente procédure avait été engagée en 2018 après des vols de matériel et des raccordements sauvages aux réseaux d'eau et d'électricité de la résidence étudiante.

Des mesures insuffisantes et un sujet tabou

Pour empêcher de nouvelles occupations, des blocs de béton et des mottes de terre ont également été installés, sans parvenir à régler durablement le problème. La direction de Polytechnique a récemment demandé aux étudiants de « fermer les salles » et de n'y laisser « aucun objet de valeur », « afin de limiter les risques de vol ». Dans l'établissement, le sujet resterait difficile à aborder. « On ne se sent pas en sécurité, et l'école n'en parle pas », déplore une étudiante, qui évoque un « tabou » et la crainte, chez certains élèves, d'être accusés de racisme.