Le spectacle « La Dame de Pierre », hommage à la cathédrale Notre-Dame de Paris, se produira au Zénith de Toulon le 9 octobre et au Palais Nikaïa à Nice le 10 octobre, dans un climat de vives tensions. Des syndicats et associations de la région dénoncent un outil de propagande d'extrême droite, tandis que la production, soutenue financièrement par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, réfute toute intention politique.
Un spectacle à la gloire du patrimoine, contesté par la gauche
Écrit et mis en scène par Corentin Stemler après l'incendie de Notre-Dame en 2019, ce show historique retrace plus de 800 ans d'histoire et a déjà séduit des milliers de spectateurs. Mais son arrivée dans le Var et les Alpes-Maritimes relance une polémique déjà vive lors des étapes précédentes à Aix-en-Provence et Marseille, où des appels au boycott, des tracts et des rassemblements ont été organisés par les syndicats et la gauche.
Un collectif de syndicats et d'associations, mené par la CGT Spectacle 06, a publié un communiqué intitulé « Attention : spectacle réactionnaire ! ». Il dénonce « un projet culturel clairement identifié, inscrit dans un écosystème de spectacles porté par la droite réactionnaire et la mouvance catholique traditionaliste ». Parmi les signataires figurent le Collectif contre-attaque antiraciste, Emmaüs Roya et Tous Citoyens.
Le Palais Nikaïa, un équipement public au cœur de la critique
Les détracteurs pointent le financement du spectacle par le Fonds du bien commun, lié à Pierre-Édouard Stérin, milliardaire engagé dans une « bataille culturelle et politique » pour l'extrême droite. Ils s'indignent que le Palais Nikaïa, « équipement de la Ville de Nice, exploité dans le cadre d'une régie municipale et doté d'un budget annexe de la Ville », serve de vitrine à ce projet. La CGT Spectacle des Alpes-Maritimes soulève « le risque de tromperie ou de manipulation des spectateur-rices », estimant qu'une famille pourrait croire assister à un spectacle sincère sans savoir « qui, en coulisses, tire les ficelles ».
Les syndicalistes posent une question simple : « La Ville de Nice doit-elle mettre un équipement municipal au service de cette bataille culturelle ? » Leur réponse est « non ». Ils refusent que « les équipements publics deviennent des vitrines pour une entreprise culturelle liée aux réseaux de l'extrême droite traditionaliste ».
La production défend un projet artistique et professionnel
Corentin Stemler réfute toute intention politique et affirme que « sur cette année 2026, il n'y a eu aucune polémique et tout s'est très bien passé dans les villes où nous sommes passés ». Il balaie également les critiques sur le recours aux bénévoles, assurant que le spectacle « a achevé sa mue » : après une création en 2023 par une association, la production rémunérait « l'an dernier 30 artistes sur 40 » et est désormais « 100 % professionnelle ».
Sur le plan financier, il assume le soutien du Fonds du bien commun, mais précise avoir levé près de 2 millions d'euros auprès de multiples contributeurs, ce fonds n'intervenant que de façon « minoritaire ». Il rappelle que l'écriture du spectacle remonte à 2020, avant ce soutien, et insiste : « Il ne faut pas créer de raccourci sur ce que le spectacle raconte. C'est moi qui l'ai écrit et mis en scène. »
Un amour sincère pour la cathédrale, selon l'auteur
Face aux accusations de « vision biaisée de l'Histoire », Corentin Stemler revendique sa sensibilité catholique mais défend la neutralité des faits présentés. Il affirme que « les événements et dates historiques ont fait l'objet de vérifications pour éviter tout contresens ». Il conclut : « Notre-Dame de Paris est un monument universel qui appartient à tous. Mon spectacle est surtout teinté d'un amour sincère pour la cathédrale. » Il invite ses détracteurs à venir constater sur place, notant que « la plupart des militants opposés au projet ne l'ont jamais vu ».