La Cour des comptes a rendu un verdict sévère dans l'affaire du projet Scribe, un fichier de police controversé. Six personnes ont été condamnées pour leur rôle dans ce fiasco, qui a coûté des millions d'euros et suscité de vives critiques. Cette décision marque un tournant dans la gestion des grands projets informatiques de la police.
Un projet pharaonique aux résultats désastreux
Le projet Scribe, lancé en 2015, visait à moderniser le système d'information de la police judiciaire. Il devait permettre un traitement plus efficace des procédures et des enquêtes. Cependant, le projet a rapidement pris du retard et a dépassé son budget initial de 35 millions d'euros, atteignant finalement 120 millions d'euros. En 2020, le projet a été abandonné, laissant un système inutilisable et des agents formés en vain.
La Cour des comptes, dans son rapport, a pointé du doigt "une gouvernance défaillante" et "un pilotage inadapté". Les six personnes condamnées, dont des hauts fonctionnaires et des responsables de la direction du numérique, ont été jugées responsables de ces manquements. Selon le rapport, "les décisions ont été prises sans évaluation préalable des risques" et "les contrôles internes ont failli".
Des condamnations pour gestion irrégulière
Les six personnes ont été condamnées pour "gestion irrégulière" et "manquement à leurs obligations de contrôle". Elles devront rembourser une partie des sommes engagées, soit environ 2,5 millions d'euros au total. Cette somme représente une fraction du préjudice total, mais elle envoie un signal fort sur la responsabilité des décideurs.
Parmi les condamnés figurent l'ancien directeur de la police judiciaire, qui a piloté le projet à ses débuts, et le responsable de la maîtrise d'ouvrage. Un des condamnés a exprimé des regrets, affirmant que "le projet était ambitieux mais que les moyens n'étaient pas à la hauteur". Cependant, la Cour a estimé que ces explications ne justifiaient pas les manquements constatés.
Un impact durable sur la modernisation policière
Ce fiasco a eu des conséquences durables sur la modernisation de la police. Le ministère de l'Intérieur a dû lancer un nouveau projet, plus modeste, mais la confiance dans les grands projets informatiques est ébranlée. Selon le rapport, "cet échec doit servir de leçon pour les futurs projets" et "des contrôles renforcés doivent être mis en place".
Les syndicats de police ont salué cette décision, estimant qu'elle "rétablit une forme de justice" pour les agents qui ont subi les conséquences de ce projet avorté. Ils espèrent que les leçons seront tirées pour éviter de tels gaspillages à l'avenir. La Cour des comptes, de son côté, a annoncé qu'elle suivrait de près la mise en œuvre de ses recommandations.



