L'affaire Guyonnet : un parricide déjoué par des poules en 1844
Le 12 mars 1844, Jean Guyonnet, âgé de 87 ans, décède subitement à Loiré, dans la commune de Vérines en Aunis. Sa mort, d'apparence naturelle, cache en réalité un parricide presque parfait, mais un détail anormal va tout faire basculer. Le maire de Vérines, Césaire Duvigneau, un véritable lieutenant Columbo du XIXe siècle, remarque que neuf poules sont mortes dans la basse-cour entre le samedi et le lundi suivant le décès. Cette observation étrange lance une enquête qui révèle un empoisonnement à l'arsenic.
Un contexte familial tendu
Jean Guyonnet, malgré son âge avancé, jouissait d'une santé robuste et d'un moral d'acier. Sept ans avant sa mort, il avait demandé à ses quatre enfants, Marie, Charles, Louise et Pierre, de lui verser une pension alimentaire. Alors que trois d'entre eux s'exécutaient volontiers, Pierre, résidant à Longèves, refusait pendant cinq ans, ne cédant qu'à contrecœur en 1842. Pierre Guyonnet était connu pour son avarice et son mépris envers son père, allant jusqu'à tenter de vendre l'engagement militaire de son propre fils.
La visite fatale
Le 8 mars 1844, Pierre rend visite à son père à Loiré sans y être attendu. Ils déjeunent ensemble, probablement avec des harengs achetés le matin même. Après le repas, Pierre repart et croise un nommé Surville, à qui il confie que son père « n'était pas très bien », sans plus de détails. Une heure plus tard, Charles trouve Jean Guyonnet assis près de sa porte, pâle et inconscient. Le vieillard est mis au lit et souffre de convulsions, vomissements et diarrhées pendant plus de trois jours, jusqu'à son décès dans la nuit du 12 mars.
L'enquête du maire
Alerté par la mort simultanée des poules, le maire Duvigneau soupçonne une cause non naturelle. Il diffère l'enterrement et alerte le juge de paix. Des experts de La Rochelle, incluant médecins et un pharmacien, pratiquent une autopsie qui révèle des désordres internes typiques d'un empoisonnement. L'enquête découvre que Pierre avait obtenu l'autorisation d'acheter de l'arsenic pour son bétail le mois précédent. Un témoin, un enfant, rapporte avoir vu Pierre verser « du sucre en poudre » dans le pichet de vin de son père lors du dernier repas.
Le procès et la défense surprenante
Devant la cour d'assises, six experts chimistes affirment unanimement que Jean Guyonnet est mort d'un empoisonnement à l'arsenic, basé sur des analyses des organes, des poules et de la terre. La défense de Pierre Guyonnet, menée par Me Limal, s'appuie sur un mémoire du célèbre chimiste François-Vincent Raspail, qui conclut que l'empoisonnement n'est pas prouvé. Cependant, ce rapport ne convainc pas les jurés charentais.
La sentence
Pierre Guyonnet est reconnu coupable de parricide. Il est conduit à l'échafaud pieds nus, en chemise, avec un voile noir sur la tête, le 1er novembre 1844, sur le champ de foire de Saintes. Cette affaire, mêlant observation minutieuse, science naissante et tensions familiales, reste un exemple frappant de la justice du XIXe siècle.



