L'an prochain, Nîmes devrait officialiser un jumelage avec Dura, ville palestinienne de Cisjordanie. La municipalité présente ce projet comme un geste de solidarité et un moyen de travailler à la paix. Mais ce choix, alors que Nîmes est déjà jumelée avec une ville israélienne, suscite des critiques, notamment de l'Association France Palestine Solidarité (AFPS) de Nîmes qui réclame une rupture avec Rishon LeZion.
Un projet porté par la nouvelle municipalité
Dura est située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest d'Hébron, en Cisjordanie, dans un contexte marqué par la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée après l'attaque du 7 octobre 2023. Selon Nicolas Cadène, conseiller municipal délégué notamment aux jumelages, le choix de Dura ne relève pas uniquement d'un positionnement diplomatique. La ville palestinienne aurait été identifiée après des échanges avec l'ambassadrice de Palestine et avait déjà manifesté son intérêt pour un partenariat avec une commune française.
« Nous avons choisi la ville de Dura, car c'est une ville qui fait preuve d'une grande résilience », explique l'élu. Il cite notamment son tissu associatif, sa politique en faveur de la jeunesse et des personnes en situation de handicap, son parlement des jeunes, son intérêt pour la francophonie, le recyclage des déchets ou encore la réhabilitation de sa vieille ville. D'autres sujets pourraient nourrir les échanges : agriculture sur des terres arides, gestion de l'eau, patrimoine ou adaptation au changement climatique. La municipalité souhaite également travailler avec une association française déjà engagée à Dura.
Un contexte de colonisation
Dura se trouve dans le gouvernorat d'Hébron, dans une Cisjordanie occupée par Israël depuis 1967. La ville est présentée par la municipalité comme étant entourée de colonies israéliennes. Sur le plan du droit international, le Conseil de sécurité de l'ONU considère depuis 2016 que les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés « n'ont pas de validité juridique ». En 2024, la Cour internationale de justice a également estimé que la présence israélienne dans les territoires palestiniens occupés était illégale et demandé l'arrêt de toute nouvelle activité de colonisation.
Ce contexte donne nécessairement une dimension politique au projet, même si la municipalité insiste sur les aspects très concrets de la future coopération. La date officielle n'est pas encore arrêtée. Un déplacement d'élus dépendrait notamment des autorités israéliennes. À défaut, des échanges en visioconférence sont envisagés.
Le jumelage avec Rishon LeZion en question
Nîmes compte actuellement neuf villes jumelées, dont Rishon LeZion, en Israël, depuis 1986. Pour rappel, la ville a été fondée le 31 juillet 1882 par dix membres du groupe sioniste précurseur Hovevei Zion (les « Amants de Sion »), originaires d'Ukraine (Kharkov). C'est l'une des premières colonies agricoles de la Première Aliyah (la première grande vague d'immigration sioniste moderne en Palestine).
C'est précisément ce jumelage que l'AFPS de Nîmes souhaite voir rompu. Pour sa présidente, Nicole Ziani, le futur partenariat avec Dura constitue une « bonne démarche », mais il ne peut, selon elle, être mis sur le même plan que le maintien avec Rishon LeZion. « Mettre une ville palestinienne en contrepoids avec une ville israélienne, c'est normaliser la situation. Mettre sur le même plan l'occupant et l'occupé comme pour se donner bonne conscience ce n'est pas possible », estime-t-elle, réclamant une rupture avec Rishon LeZion.
L'association s'appuie notamment sur le droit international et cite l'exemple de Barcelone, dont le conseil municipal a voté en mai 2025 la suspension de son accord de jumelage avec Tel-Aviv, jusqu'au respect du droit international et des droits fondamentaux des Palestiniens.
« Une démarche de paix » pour la municipalité
La Ville refuse pour sa part cette logique de rupture. « Le jumelage est assez inactif en ce moment et la Ville s'inscrit dans une démarche de paix », répond Nicolas Cadène. La paix, un terme qui, dans ces conditions, hérisse les poils de l'association nîmoise : « Comment faire la paix en maintenant des liens avec un Etat génocidaire ? Il n'y a pas de paix sans justice. Cet argument ne tient pas la route. Si on parle de la paix de l'occupant, ce n'est pas possible. La paix à ce prix-là, les Palestiniens n'en veulent pas », conclut Nicole Ziani.