Nicolas Martin : un huis clos horrifique au cœur du patriarcat
Nicolas Martin : huis clos horrifique et patriarcat

Dans son nouveau roman « Je ne suis pas venu apporter la paix », le réalisateur et écrivain Nicolas Martin interroge la brutalité des liens du sang et l'emprise du patriarcat à travers un huis clos horrifique. L'ouvrage, publié aux éditions Au Diable Vauvert, compte 464 pages et est proposé au prix de 23 euros.

Une tragédie moderne aux accents horrifiques

Le récit se déroule dans une ferme pyrénéenne isolée, où une fratrie nourrie de rancœurs et de fantômes se réunit autour du patriarche agonisant. Nicolas Martin explique avoir voulu « montrer qu'on peut faire de la littérature à partir de l'horreur, qui est l'un des exemples les plus puissants de catharsis moderne ». Il annonce le programme dès le début avec deux épigraphes, l'une tirée de Médée d'Euripide et l'autre de l'Évangile de Matthieu, qui donne également son titre au livre.

L'auteur précise : « Si ce roman est un huis clos horrifique, il est avant tout une tragédie. » Il a souhaité commencer par « une violence intrafamiliale psychologique classique », pour ensuite « monter le niveau de violence » progressivement. L'objectif était de « faire éclater à la fois cette famille et le roman traditionnel, avec une hybridation des genres jusqu'au fantastique », dans la tradition du roman horrifique à la Stephen King.

La sauvagerie et le patriarcat au cœur du récit

Le roman est construit en cinq actes et assume sa théâtralité, revendiquant « la collusion entre le trivial et le sacré, le moderne et l'archaïque ». Nicolas Martin explique que la notion de « sauvagerie » était centrale : « On a cru pouvoir domestiquer les êtres humains et la nature, mais la sauvagerie, c'est aussi une certaine forme de verticalité, d'ordre archaïque ultra-violent. »

L'auteur souligne que « nos imaginaires civilisationnels sont des imaginaires monstrueux », citant le Cyclope, Charybde et Scylla ou Médée. Il reconnaît que le côté « jusqu'au-boutiste » du roman peut décontenancer certains lecteurs, mais il a fait en sorte que « la montée en tension soit tellement progressive qu'au moment où la violence devient terrifiante, il est déjà trop tard ». Le piège se referme alors sur le lecteur.

La question de l'emprise du patriarcat est au cœur de ce thriller. Nicolas Martin précise : « C'était important qu'on sente qu'il n'y a jamais eu, dans cette famille, de maltraitance physique ou de violences sexuelles. La maltraitance qui m'intéressait, c'est celle qui s'exprime sans mots, celle de l'abandon, celle d'une soumission à un ordre qui dompte. » Le patriarche meurt, mais « l'ordre qu'il a créé circule encore dans les gestes, les réflexes et les peurs de ses enfants ».

Un ancrage pyrénéen et mythologique

Nicolas Martin a choisi les Pyrénées comme décor, expliquant : « Si j'ai pu écrire cette famille atroce, c'est parce que j'ai eu le privilège de grandir au sein d'une famille aimante. Les Pyrénées où j'ai vécu sont aussi l'un de mes espaces d'amour, et elles sont plus sauvages et mythologiques que les Alpes. » Il regrette que « dans l'horreur ou la SF, le cinéma ou la littérature francophone réutilisent des tropes de la culture américaine », alors qu'il suffit de chercher dans n'importe quel département français pour trouver « une bête, un monstre ou une légende ».

Ancien producteur et animateur de « La Méthode scientifique » sur France Culture, Nicolas Martin anime aujourd'hui le podcast sur le cinéma « Réalisé sans trucage » et pilote Mauvais Tours, le festival des cinémas de l'imaginaire qu'il a cofondé avec le critique Simon Riaux. La troisième édition se tiendra à Tours du 15 au 18 octobre.

En 2024, son premier roman « Fragile », un récit d'anticipation politique, avait marqué les esprits par son réalisme glaçant. Avec ces 464 pages d'un huis clos familial « si furieux et désespéré qu'on en sort essoré », Nicolas Martin ne laissera personne indifférent.