Ce mardi 13 octobre 2026, près de 2 000 personnes selon la FSU, organisatrice de la manifestation, et 1 300 selon la police, ont défilé à Nice entre la place Garibaldi et le parvis de la gare Thiers. Lycéens et étudiants ont exprimé leur colère avec des pancartes en carton où l'humour, les références à la pop culture et la provocation se mêlent pour interpeller.
Des slogans chocs entre humour et provocation
Dans le cortège, les messages sont percutants. « La jeunesse vise le BAC, la BAC vise la tête ! » proclame une pancarte, tandis qu'une autre affirme « On veut le bac, pas la BAC qui nous tabasse ». Les jeux de mots dénoncent la répression policière, comme « Tu nous la mets à l'envers, on te la Mai 68 ». Saikhane, étudiant niçois, résume : « C'est un peu tout ensemble : on passe par la colère et par l'humour pour se faire entendre. » Victor, étudiant à Valrose, estime que « l'humour, les clins d'œil populaires et les jeux de mots sont les meilleurs moyens d'interpeller et de faire bouger les choses ».
Certaines pancartes détournent des références de l'enfance, comme « Je préférais quand c'était la petite souris qui prenait nos dents » ou « J'aime pas TroTro la police », accompagnée d'un petit âne. Une autre va plus loin : « Je préférais quand c'était le marchand de sable qui me niquait les yeux ». Le gouvernement n'est pas épargné : « Lecornu pas du tout Bebew » ou « Coucou Macron, regarde, les jeunes ne se lèvent pas que pour Danette ».
Des messages assumés et des codes de la Gen Z
Des slogans plus trash émergent aussi, comme « Ma colère est plus grande que ta b**** » ou « Bouffe mon c****, pas mon climat ». Une étudiante assume : « Oui, c'est clairement provocateur mais les messages comme ça, au moins ça a un impact. Mais on ne vise personne nommément ! Et puis si on veut être entendues, il faut que ce soit choquant, il n'y a que ça que les gens retiennent. »
Les jeunes puisent dans leur univers culturel : le rap, TikTok et la chanson française. « Autant de CRS pour protéger Macron, à croire c'est Jul » détourne une formule populaire, tandis qu'un slogan reprend Sexion d'Assaut : « On fait du bruit pendant que le FN dort ». Daniel Balavoine est aussi détourné : « La jeunesse en colère c'est la panique sur les boulevards, quand on arrive en ville tout le monde change de trottoir ». Le manga One Piece, dont le drapeau est devenu un symbole de contestation, s'invite également dans le cortège.
Des revendications politiques et sociales derrière les punchlines
Derrière l'ironie, les messages sont politiques. « Fin du monde, fin du mois, mêmes coupables, même combat » associe écologie et difficultés sociales. « Vous parlez de poubelles brûlées, nous parlons jeunesse oubliée » dénonce l'attention portée aux débordements. D'autres affichent clairement une orientation, comme « Jeunesse fâchée, pas facho ».
Sacha, membre du Front populaire étudiant, explique : « Nous avons organisé juste avant la manif un atelier place Garibaldi pour préparer collectivement nos messages. Et ça donne ça. » Fabienne Langoureau, professeure de lettres au lycée Calmette et secrétaire académique du SNES-FSU, souligne : « Ça suffit de dire que notre jeunesse n'a pas de cerveau et ne sait pas s'exprimer. Aujourd'hui, j'ai vu des messages qui avaient du sens, de la profondeur. » Elle appelle à entendre le message : « Il faut vraiment prendre conscience que notre jeunesse va mal et qu'elle a un besoin important de s'exprimer. » La mobilisation, en nette baisse par rapport à la semaine précédente, pourrait se poursuivre, les lycéens et étudiants niçois affirmant vouloir continuer à faire entendre leur voix.