Nice : les femmes, nouvelles actrices discrètes des trafics de stupéfiants
Nice : les femmes, nouvelles actrices des trafics de stupéfiants

À Nice, les femmes sont de plus en plus utilisées par les réseaux de trafic de stupéfiants pour des missions de livraison, afin de se fondre dans la masse et d'éviter les radars. Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, confirme une évolution notable, même si la situation reste différente de celle de Marseille. Cette implication croissante a des répercussions directes sur la population carcérale féminine, avec un taux d'occupation de la maison d'arrêt dépassant les 130 %.

Une féminisation constatée par le Siraco et le procureur de Nice

En avril dernier, le Service d'information, de renseignement et d'analyse stratégique sur la criminalité organisée du ministère de l'Intérieur (Siraco) relevait dans un rapport que « longtemps exclues de la gestion des points de deal physiques, le recrutement via les réseaux sociaux de livreurs pour les centrales d'appel a contribué à féminiser la vente de stupéfiants ». Les auteurs s'appuient notamment sur plusieurs exemples récents, comme à Marseille où, en 2025, un trafiquant multirécidiviste s'entourait exclusivement de femmes pour les livraisons et les trajets vers l'Espagne. D'autres dossiers à Bordeaux ou Perpignan montrent également une implication croissante des femmes.

Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, observe en partie cette évolution dans le ressort du tribunal judiciaire de Nice. Interrogé sur la présence accrue des femmes, il répond : « Oui, très clairement. Mais il faut distinguer plusieurs réalités. Là où leur présence est particulièrement visible aujourd'hui, c'est dans la narco-livraison. »

Des rôles variés, mais une logique de discrétion

Concernant les rôles occupés, Damien Martinelli précise : « Le plus souvent, elles assurent des missions de livraison. Mais nous avons également rencontré des cas où elles participaient à l'organisation des activités, parfois dans le cadre de relations de couple avec un des principaux mis en cause. » Il ajoute que cela ne correspond pas à une direction de réseau exclusivement féminine, et que sur les points de deal traditionnels, leur présence reste rare, bien qu'en hausse.

Le procureur explique la logique derrière cette évolution : « Il y a une logique de discrétion. Les réseaux cherchent des profils qui attirent moins l'attention. Dans le cadre de la narco-livraison, une femme au volant d'une voiture, avec une apparence et un comportement ordinaires, passe souvent davantage sous les radars qu'un jeune homme correspondant à certains profils plus surveillés. À Nice, les femmes sont davantage utilisées pour se fondre dans la masse. »

Implication dans des affaires violentes et conséquences carcérales

Concernant les affaires les plus violentes, Damien Martinelli indique que cela reste peu fréquent dans son ressort. Cependant, un dossier importé de Marseille a marqué les esprits : en mars 2025, huit hommes et huit femmes, toujours présumés innocents, ont été interpellés dans une affaire de mitraillages et d'incendies de deux établissements de Nice (Point B et la Grillade niçoise). Les femmes ne sont pas mises en cause directement pour le passage à l'acte violent, mais pour avoir joué un rôle actif en transportant les auteurs, en mettant leur véhicule à disposition et en participant à la logistique.

Cette implication croissante a des répercussions directes sur la population carcérale féminine. À Nice, le quartier femmes de la maison d'arrêt est passé d'un taux d'occupation proche de 100 % en septembre 2024 à environ 130 % ces derniers mois, avec un pic à plus de 150 % à l'été 2025. Au 15 février 2026, 38 % des femmes détenues étaient incarcérées pour des faits de trafic de stupéfiants (infraction seule ou avec d'autres infractions). Le taux pour les hommes était équivalent, soit 37 %.