Le 16 février dernier, à Nice, une altercation a failli coûter la vie à un homme. Huit coups de ciseaux, un pneumothorax et 28 jours d'incapacité totale de travail (ITT) : ce lourd bilan a conduit deux individus, dont un coiffeur, devant le tribunal correctionnel de Nice. Le principal prévenu, Fattalah Fammi, 36 ans, a été condamné à cinq ans d'emprisonnement, assortis d'un mandat d'arrêt et de dix ans d'interdiction du territoire français.
Une altercation qui tourne au drame
Les faits se sont déroulés aux alentours de 23 heures, à l'angle des rues Gambetta et Thiers. Des passants ont donné l'alerte après avoir découvert un homme gisant au sol, inconscient, dans une mare de sang. D'abord ouverte sous la qualification de « tentative de meurtre en bande organisée », l'enquête a finalement conduit les deux prévenus devant le tribunal correctionnel.
La victime, dont le pronostic vital fut engagé, a expliqué être passée dans un salon de coiffure pour se faire couper la barbe. Faute de disponibilité au regard de l'heure avancée, elle aurait quitté les lieux avant de croiser les deux prévenus, dont l'un est coiffeur dans ce salon.
« J'étais dans tous mes états, j'ai eu peur »
À la barre, le co-prévenu raconte une version qui, sur certains points, est corroborée par les images de vidéosurveillance. La victime, à la vue de son ami, serait arrivée en criant et une vive altercation s'en est suivie. Lui affirme avoir tenté de les séparer. Rien de plus.
Alors que les deux hommes sont au sol, Fattalah Fammi sort une paire de ciseaux et en porte huit coups à la victime, qui parvient à se relever avant de s'effondrer à nouveau. Les deux suspects prennent ensuite la poudre d'escampette. Interrogé par le président Alexandre Julien sur son absence sur place, Fattalah Fammi répond : « J'étais dans tous mes états, j'ai eu peur. » Le président insiste : « Peur de quoi ? » Le mis en cause bredouille : « J'ai eu peur que l'histoire grossisse. »
Une version qui ne convainc pas
Une version qui convainc difficilement le parquet, représenté par Étienne Moreau. Selon les enquêteurs et l'exploitation des images de vidéosurveillance, le co-prévenu aurait lui aussi porté des coups, notamment de poing et de pied. Le bilan médical est lourd : de nombreuses plaies, un pneumothorax et une intervention chirurgicale. La victime se voit finalement attribuer 28 jours d'ITT.
La partie civile estime que le co-prévenu « se moque du tribunal ». Face à cette accusation, son avocat, Me Houdé Khadraoui-Zgaren, plaide la position d'un homme qui se serait retrouvé « au mauvais endroit, au mauvais moment et avec la mauvaise personne ».
« Le fantôme » absent à l'audience
Fattalah Fammi, que le président surnommera « le fantôme », n'est pas là pour répondre de ses actes. Son conseil, Me Sadouni, demande aux magistrats de « dégonfler ce dossier » et de le regarder pour ce qu'il est : selon lui, une affaire de violences ayant entraîné une ITT supérieure à huit jours mais inférieure à un mois, et non une tentative de meurtre.
L'avocat avance surtout une autre hypothèse. « Dans ce dossier nous n'avons que des sans-papiers issus de la communauté tunisienne », souligne-t-il. Il affirme que la victime aurait été rémunérée, peu de temps avant les faits, pour saccager le salon de coiffure dans lequel travaillait son client, et que celui-ci aurait « surréagi » à ce qu'il percevait comme une menace.
Du sursis et un mandat d'arrêt
Le tribunal retient finalement la culpabilité des deux hommes. Conformément aux réquisitions du parquet, le co-prévenu est condamné à deux ans avec sursis, avec une interdiction du territoire français de cinq ans. À l'encontre du principal prévenu, le tribunal prononce cinq ans d'emprisonnement, assortis d'un mandat d'arrêt et dix ans d'interdiction du territoire.