Ce jeudi 1er octobre 2026, la mobilisation des lycéens à Nice s'est poursuivie pour la quatrième journée consécutive, marquée par des violences urbaines et des affrontements répétés avec les forces de l'ordre. Des jets de pierres, des tirs de mortiers et des feux de poubelles ont émaillé plusieurs rassemblements, principalement aux abords des lycées des Eucalyptus, Mélinée-et-Missak Manouchian, Calmette, d'Estienne-d'Orves, ainsi qu'à Cagnes-sur-Mer.
Une matinée sous tension au lycée des Eucalyptus
Dès 8 heures, la palissade en métal du lycée des Eucalyptus, à l'ouest de Nice, a cédé sous les attaques de jeunes encagoulés. Toute la matinée, le même scénario s'est répété : des individus aux visages masqués, certains équipés de sacs à dos remplis de mortiers ou d'aérosols, ont harcelé les policiers. Derrière eux, une masse de lycéens excités par l'adrénaline de l'action, filmant pour leurs réseaux sociaux, sans toujours percevoir le danger.
Un jeune a interpellé un journaliste de Nice-Matin : « Vous avez vu, Monsieur, les policiers s'en prennent aux manifestants, vous trouvez ça normal ? ». Quelques secondes plus tôt, une pluie de cailloux s'était abattue sur les fonctionnaires. Une interpellation et l'arrivée des CRS ont finalement calmé le groupe, repoussé dans les rues adjacentes.
Flambée de violence au lycée Manouchian
Au lycée Mélinée-et-Missak Manouchian, un groupe de moins d'une centaine de jeunes, très mobile, a harcelé les forces de l'ordre, caillassé et mis le feu à des poubelles. Le drame a été évité de justesse quand un policier municipal a tenté, avenue Simone-Veil, de repousser un conteneur en feu. Deux aérosols ont explosé coup sur coup, manquant de le blesser. Des jeunes filles et garçons criaient de peur à chaque détonation, fuyant les charges de la police avant de revenir se poster au même endroit.
Une pancarte proclamait : « Les jeunes emmerdent l'Éducation nationale ». Un débat s'est engagé entre plusieurs jeunes filles. L'une d'elles a lancé : « Depuis ce matin, il n'y a pas de revendications, ça ne fait que casser, tu trouves ça normal toi ? ». L'autre a rétorqué : « Les flics nous gazent, ils frappent le premier venu, ils nous poussent. On a quinze ans, on est des mineures, c'est normal ça ? ». Dialogue de sourds.
Vers 11 heures, un groupe d'encapuchés est revenu via l'avenue du Docteur-Robini, tirant derrière eux des conteneurs à poubelles. Ils ont tenté de voler des palettes dans un garage auto, puis ont jeté leurs trouvailles devant les grilles du lycée. Un casseur a essayé, en vain, d'y mettre le feu avec un aérosol. Deux policiers municipaux sont intervenus en fourgon, mais ont été pris à partie. « Attaquez-les ! » a ordonné quelqu'un, et les jeunes ont lancé un assaut vers les deux policiers isolés, un homme et une femme. Ceux-ci ont à peine eu le temps de grimper dans leur fourgon, dont la carrosserie a essuyé coups de pied et de poing, avant de repartir sans être blessés.
Un peu plus tard, la compagnie départementale d'intervention et la Bac ont procédé à plusieurs interpellations dans ce groupe, à l'angle des avenues Docteur-Robini et Simone-Veil, ce qui a calmé les esprits.
Affrontements à Calmette, calme relatif ailleurs
Devant le lycée Calmette, près de 300 personnes s'étaient rassemblées tôt le matin. Les manifestants ont brûlé des poubelles, fait exploser des pétards et tiré des mortiers d'artifices sur les forces de l'ordre, qui ont riposté avec de nombreuses grenades lacrymogènes. Les affrontements ont duré toute la journée, avec une dizaine de cars de CRS déployés. Un lycéen a été blessé à la cheville par un tir de mortier. Une tentative de blocage du lycée Masséna a échoué en matinée, quelques lycéens ayant été rapidement dispersés par les CRS place Garibaldi.
Au lycée du Parc Impérial, la matinée a été très calme, les huit camions de CRS présents dès 7 h 30 ayant probablement dissuadé les manifestants. Une petite dizaine de CRS a patrouillé dans la cour après des menaces de « tout faire exploser » à l'internat circulant sur les réseaux sociaux. Un attroupement avenue Pessicart a été rapidement dispersé par la police.
Au lycée d'Estienne-d'Orves, plus d'une centaine de lycéens étaient réunis vers 9 h, contenus par la police municipale. Mis à part quelques mortiers d'artifice tirés sur des policiers, sans blessure, l'ambiance était relativement calme. Les manifestants ont en revanche allumé de nombreux feux de broussailles volontaires, notamment dans les haies du bâtiment rive droite, obligeant les pompiers à intervenir à plusieurs reprises.
Cagnes-sur-Mer : situation sous contrôle
À Cagnes-sur-Mer, près de 300 lycéens d'Auguste-Renoir et d'Auguste-Escoffier se sont mobilisés, dont une dizaine d'individus défavorablement connus de la police. La situation est restée sous contrôle grâce à une présence policière renforcée : une dizaine de policiers nationaux et une vingtaine de policiers municipaux. Quelques débordements ont eu lieu : une haie incendiée, un abribus vandalisé, deux poubelles brûlées, et un jeune s'est blessé en manipulant un fumigène. La police a interpellé six personnes, dont quatre ont été placées en garde à vue.
Selon Nice-Matin, plusieurs lycées resteront fermés ce vendredi pour éviter de nouveaux incidents, l'enseignement se fera en distanciel. Le maire de Nice, Eric Ciotti, a par ailleurs annoncé une mesure choc après ces incidents : « Ce n'est pas au contribuable de payer ! ».