Naufrage du Cristina Rueda en 1925 : une tragédie maritime qui coûta la vie à 19 personnes
Naufrage du Cristina Rueda en 1925 : 19 morts en mer

Le Cristina Rueda sombre dans une tempête dévastatrice

Le 23 février 1925, une tragédie maritime frappe le golfe de Gascogne. Le petit cargo à vapeur espagnol Cristina Rueda, chargé de 828 tonnes de superphosphate, quitte Paimbœuf pour Pasajes, près de San Sebastián. Sous le commandement du capitaine Marcelino Monasterio, le navire affronte une violente dépression qui s'est creusée dans la région. Une avarie de gouvernail survient à 20 heures, laissant le bateau à la merci des éléments. La tempête rapproche inexorablement le Cristina Rueda de la côte, transformant une trentaine d'heures de navigation normale en un cauchemar de quatre jours et nuits pour les 19 hommes à bord et leurs futurs sauveteurs.

L'échouement et les premières tentatives de sauvetage

À 23 heures, le navire talonne et s'échoue sur moins de cinq mètres de fond, entre les Gollandières et Petit Sergent, face au Bois-Plage-en-Ré, sur l'île de Ré. La mer s'empare d'une première baleinière de sauvetage vide, tandis que seulement deux marins parviennent à monter dans une seconde embarcation. L'un d'eux donne l'alerte à la côte le lendemain matin, à 7 heures. Pendant ce temps, les autres membres de l'équipage cherchent refuge dans la mâture, balayés par les lames.

À La Rochelle, les sauveteurs de la Société centrale de sauvetage des naufragés et des Hospitaliers bretons se mobilisent rapidement. Malheureusement, le canot des premiers est endommagé par une collision avec une barge lors de la manœuvre, le rendant inutilisable. Celui des seconds, le Commandant Viort, doit faire demi-tour en raison de vents et d'une mer contraires. Les habitants de l'île de Ré mobilisent aussi les sauveteurs de Saint-Clément-des-Baleines, qui transportent leur canot sur une charrette jusqu'au point de mise à l'eau. En approchant de l'épave, ils n'y voient personne, ignorant que les marins se sont réfugiés dans la cambuse. Les vagues déferlent avec une telle violence qu'il est impossible d'aborder.

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Un sinistre décompte s'engage

Un premier marin se noie en tentant de se jeter sur un radeau de fortune, tandis que trois de ses compagnons sont récupérés sains et saufs par trois pêcheurs héroïques, dont le plus jeune n'a pas 17 ans. Ces derniers n'ont pas hésité à mettre à l'eau leur yole de cinq mètres pour se porter au-devant du Cristina Rueda. Lorsque la nuit tombe ce mardi 24 février, le bilan est déjà lourd : trois noyés et cinq rescapés, parmi lesquels le commandant Marcelino Monasterio. Ce dernier a décidé de quitter le bord en accord avec l'équipage, promettant sur l'honneur d'organiser les secours dès son arrivée à la côte.

Les marins restants passent une nuit et un jour sur l'épave, dans des conditions d'ouragan. Ils sont donnés pour morts jusqu'à ce que des douaniers, restés en veille, aperçoivent des feux en mer. Le mercredi matin, à 8 h 30, les sauveteurs rochelais tentent une nouvelle opération. À midi, un drame supplémentaire survient : du haut de la dune du Bois-Plage, une voix hurle que le canot s'est retourné. Le Commandant Viort, pourtant conçu pour revenir quille en bas, montre obstinément son ventre. Certains sauveteurs parviennent à se maintenir accrochés à la quille, mais d'autres, attachés à leurs bancs par des filins, ne peuvent se libérer. Cinq des huit hommes de cet équipage perdent la vie, tandis que le patron, Le Hecho, est l'un des miraculés.

La fin désespérée et le bilan final

Le jeudi 26 février, les services de la marine envisagent de tenter le sauvetage des derniers marins, dont les maigres espoirs se sont évanouis avec le retournement du canot. À 15 heures, on retrouve aux Grenettes le corps du dernier des quatre occupants d'un radeau jeté la veille. La tempête ne faiblit pas et menace davantage à chaque marée montante. Le cargo se brise en deux, son arrière étant englouti. S'il reste encore des hommes à bord, ils sont cinq ou six, mais plus rien ne peut être tenté pour eux en cette fin de journée.

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Les jours suivants, les courants déposent les cadavres portés par le flot, entre le Bois-Plage et Sainte-Marie. Le bilan final est sombre : 14 des 19 marins du Cristina Rueda et 5 des 8 sauveteurs du Commandant Viort ont péri. Leurs noms sont gravés sur des pierres tombales, rappelant cette tragédie maritime qui a marqué la mémoire collective de la région. Aujourd'hui, l'épave du Cristina Rueda repose toujours sous les eaux, témoin silencieux de cette nuit d'horreur.

Sources : Ce récit est réalisé à partir des Cahiers de la mémoire du groupement d'études rétaises (automne 1981) et avec le concours de Pierre-Emmanuel Augé, responsable des archives publiques et privées au service des archives départementales. Il s'inscrit dans une série d'archives retraçant les événements marquants de la région depuis 80 ans.