Ce mercredi 4 mars 2026, les reporters de Midi Libre posent leurs valises à Ganges, dans l'arrière-pays héraultais, au pied des Cévennes. Cette petite commune de 4 000 habitants, pourtant réputée pour son cadre de vie agréable, est confrontée à un fléau grandissant : le trafic de stupéfiants. Alors que les élections municipales approchent, ce phénomène pèse lourdement sur les préoccupations des électeurs et influence leurs choix.
Un fléau ancré dans le quotidien
Derrière son comptoir, Pascal Atger, gérant du bar des halles, témoigne sans détour : « Là c'est simple, c'est calme parce qu'ils sont tous en prison ! Mais le trafic de drogue, vous savez, c'est une pieuvre, on coupe une jambe, elle peut quand même se déplacer. » Son établissement a été trop souvent fréquenté par des dealers, au point qu'il a été accusé à tort d'être un point de deal. Il raconte que les trafiquants avaient installé des chaises pliantes et inscrit les prix du cannabis et de la cocaïne sur les murs, en plein centre-ville.
La situation a culminé en avril 2025 avec des actes d'ultraviolence, coups de couteau et coups de feu, probablement liés à une reprise de point de deal. Une vaste opération de gendarmerie a permis d'incarcérer plusieurs individus en septembre. Mais pour Pascal Atger, le problème n'est pas réglé : « Le problème va être déplacé, regardez la semaine dernière, en allant chez ma mère, près du cimetière, il y avait des bonbonnes de protoxyde d'azote par terre. »
Des habitants partagés entre peur et résignation
Francis, 91 ans, Gangeois depuis plus de soixante ans, fait confiance à l'équipe municipale sortante pour poursuivre la lutte. Ancien enseignant et ancien élu, il est lucide : « Les moyens des petites villes sont ridicules par rapport à ceux de la connexion internationale du trafic de drogue, il faut une prise de conscience générale. » Il s'inquiète de voir certains électeurs tentés par des discours radicaux, réagissant « avec leurs impressions plutôt qu'avec leur tête ».
Angélica, 42 ans, commerçante, exprime sa peur : « Les gens ont peur, moi la première, ma fille travaille sur le secteur, je lui dis de faire très attention. Il n'y a pas assez de répression sur Ganges, j'ai l'impression qu'on laisse faire. » Elle ajoute : « Tu achètes de la cocaïne comme tu achètes de la farine pour faire des crêpes… C'est désolant. » Elle votera pour le Rassemblement National en 2027, faute de liste d'extrême droite aux municipales.
À l'inverse, Laurince, 29 ans, originaire de Noisy-le-Sec en Seine-Saint-Denis, relativise : « Ici, si tu veux travailler, y'a du boulot, la santé ça va et à part les petits dealers que l'on voyait partout avant, là je pense qu'ils se cachent, tout va bien. » Père d'une petite fille, il ne votera pas, mais sa compagne si. Le gérant de l'épicerie de nuit, qui souhaite rester anonyme, adopte la même posture : « Moi, je ne fume pas, je travaille et je rentre chez moi, ça ne m'inquiète pas. Chacun vit sa vie et fait ce qu'il veut. »
Un enjeu politique pour les municipales
Le maire sortant ne se représente pas, mais son équipe est candidate. Rémy, 56 ans, soutien de cette équipe, rappelle que Ganges n'est pas un cas isolé : « On croit que Ganges c'est une plaque tournante de la drogue, mais il faut voir les villages à côté. » Frédéric, trentenaire, attend de voir si une liste plus à gauche se présente et estime que les priorités sont ailleurs : « Il y a beaucoup de problèmes de pauvreté et de travail. »
Dans la rue où le point de deal a été démantelé, les traces des noms des gendarmes écrits par les trafiquants sont encore visibles sur un mur. Un symbole de la persistance du fléau. Alors que le scrutin du 15 mars approche, la question du narcotrafic s'impose comme un thème central, reflétant les craintes et les attentes des habitants de cette commune cévenole.



