Depuis le début du mouvement lycéen le 17 septembre, la réponse policière en France suscite de vives critiques, tant au niveau national qu'international. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme s'est dit « inquiet » face aux violences qui ont éclaté lors des mobilisations lycéennes alertant sur un système éducatif « à la peine ». Ce vendredi 9 octobre, Shabia Mantoo, porte-parole de l'institution onusienne, a appelé lors d'un point presse à Genève à ce que ces manifestations restent « pacifiques et à ce qu'il n'y ait pas de recours disproportionné à la force de la part des forces de l'ordre ».
Un bilan humain lourd et des enquêtes en cours
Depuis le 17 septembre, date du début de ce mouvement réclamant de meilleures conditions d'apprentissage, de nombreux heurts entre jeunes et policiers ont éclaté. Selon le ministère de l'Intérieur, 215 lycéens, 85 personnels de l'Éducation nationale et 761 membres des forces de l'ordre ont été blessés. Par ailleurs, 24 enquêtes sont actuellement confiées à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN). Dans les manifestations, les slogans contre les violences policières occupent désormais une place presque aussi importante que les revendications sur le manque de moyens.
Le mouvement et ses violences sont scrutés par les voisins européens. Le journal britannique « The Guardian » constate que les lycéens « ont payé un lourd tribut pour avoir refusé un système éducatif défaillant », en donnant les exemples de trois jeunes gravement blessés : Eden dans le Val d'Oise, qui souffre d'une double fracture de la mâchoire après un tir de lance-grenade lacrymogène, Maël à Tours, éborgné probablement par un tir de LBD, et un lycéen de 15 ans à Lens dont la main a été arrachée. Le média britannique souligne « l'incohérence la plus grande » : celle « d'un gouvernement qui a désinvesti dans sa jeunesse et qui choisit de répondre aux incendies de poubelles par des arrestations ».
« Le poing de fer » dénoncé par la presse italienne et allemande
La répression policière est lourdement condamnée par le quotidien communiste italien « Il Manifesto ». Le média transalpin accuse « le poing de fer adopté par le gouvernement français pour réprimer le mouvement ». Pour le quotidien berlinois « Die Tageszeitung », la violence provient plutôt de « l'utilisation intensive de certaines armes » par les forces de l'ordre. « Ces armes, censées n'être utilisées qu'en dernier recours, servent désormais à disperser la quasi-totalité des manifestations, voire à intimider préventivement – notamment de très jeunes manifestants, souvent âgés de seulement 14 ou 15 ans », écrit le journal allemand.
Côté suisse, le site d'actualités Blick évoque lui aussi le « spectacle inquiétant » des « violences policières ». Mais le média suisse invite à nuancer, indiquant que les policiers sont « souvent pris à partie par des casseurs » et doivent ainsi « intervenir pour éviter la propagation des violences ».
Des « accidents » qui « peuvent arriver » selon le Premier ministre
Mercredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait fustigé les accusations d'« instructions politiques de répression policière ». C'est un « mensonge » qui jette « l'opprobre contre la police », avait-il condamné, évoquant simplement des « accidents » qui « peuvent arriver ». Les images des manifestations, un peu partout en France, sont restées frappantes jeudi, en particulier à Paris, où plusieurs dizaines de milliers de personnes rassemblées place de la Bastille ont été évacuées par les forces de l'ordre en début de soirée avec usage de gaz lacrymogène.
L'intersyndicale étudiante et professionnelle a donné rendez-vous pour des manifestations et la grève mardi prochain, quelques jours avant le début des vacances scolaires. La mobilisation, marquée par une forte contestation des violences policières, devrait ainsi se poursuivre dans les prochains jours.