Un drame qui endeuille le quartier Pissevin à Nîmes
Ce mardi matin vers 8h15, un tragique accident a coûté la vie au petit Salah-Eddine, âgé de 8 ans, alors qu'il se rendait à l'école Paul-Langevin dans le quartier Pissevin à Nîmes. L'enfant, scolarisé en classe de CE2, a été fauché par une voiture sur l'avenue des Arts, au niveau de l'arrêt du trambus, à l'heure où de nombreux écoliers empruntent ce chemin.
La communauté scolaire sous le choc
Jean-Michel Bourdoiseau, le directeur de l'établissement, a immédiatement été prévenu et s'est précipité sur les lieux de l'accident. "J'ai serré la maman dans mes bras, il n'y a pas de mots devant un tel drame", confie-t-il, la voix empreinte d'émotion. La difficile mission d'informer les autres enfants de l'école lui est ensuite revenue. "J'ai fait le tour des classes, les enfants sont choqués, surtout ceux de sa classe. Mais on n'a pas voulu faire une minute de silence pour ne pas rajouter du traumatisme".
Très rapidement, le Dasen s'est rendu sur place et une cellule de crise a été mise en place avec dix psychologues pour accompagner enfants, parents et enseignants. "Elle sera encore là jeudi, c'est toute la communauté de l'école Langevin qui est en deuil. Mais après le temps du deuil viendra celui de la colère", prédit le directeur.
La douleur des parents d'élèves
À la sortie des classes, les parents s'attardent en petits groupes devant l'établissement, partageant leur peine et leur incompréhension. "C'est la sidération totale", lâche une mère de famille. "On est tellement triste d'avoir perdu ce petit, il n'avait rien demandé. Ça pourrait être le nôtre".
Une autre parente ajoute, désemparée : "Comment expliquer à nos enfants qu'il est mort ce petit ? On n'a pas les mots. On n'a que les larmes..." Myriam, une maman du quartier, réagit avec émotion : "La mort d'un enfant, on ne s'en remet pas. On pense fort aux parents".
Une colère qui monte face à l'insécurité routière
Derrière la douleur immédiate, la colère gronde déjà dans ce quartier précaire où les habitants se sentent souvent abandonnés. Un père de famille, ému et en colère, explique qu'il accompagne désormais son fils jusqu'au portail de l'école chaque jour. "Ici, les gens roulent trop vite, on a peur pour les gamins...".
Houria, une maman déléguée des parents d'élèves, dresse un tableau alarmant de la situation : l'école coincée entre deux points de deal, des tirs d'armes automatiques, des jeunes qui rôdent, une circulation bien trop rapide sur l'avenue des Arts, des motos qui foncent, et même des courses-poursuites entre voitures sur des pentes dépourvues de trottoirs.
"Ici, il y a régulièrement des rodéos urbains et des accidents tous les week-ends", assure une autre mère de famille. "Ça fait des années qu'on demande des dos-d'âne en conseil d'école. Mais on n'a jamais rien. Ici, on a toujours les larmes et rien d'autre...".
Des demandes de sécurité restées sans réponse
Les habitants du quartier Pissevin expriment leur frustration face à l'inaction des autorités. Myriam s'insurge : "Pourquoi on ne met pas des policiers municipaux pour faire traverser les enfants ? Avant j'habitais dans un village où la police faisait traverser les enfants en toute sécurité...".
Un père insiste sur la spécificité du quartier : "Nous sommes dans un quartier sensible, il manque des policiers devant l'école chaque jour". La référence au décès du petit Fayed, victime collatérale du narcotrafic en août 2023, revient comme un rappel douloureux. "Pourquoi attendre des drames pour réagir ? Quand le petit Fayed est mort, il y a eu les CRS un temps, puis ils sont partis. Et maintenant on subit, subit, subit...".
Dans la cour de l'école, une petite fille s'approche du directeur pour demander si Saladin va revenir et où il se trouve. "Il est mort, il est au paradis maintenant", répond-il avec un sourire triste à l'enfant incrédule. Une question qui résume toute la difficulté d'expliquer l'inexplicable aux plus jeunes.



